samedi 8 mars 2014

QUELQUES REFLEXIONS SUR LA LAÏCITE

Quelques réflexions sur la laïcité
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samedi 8 mars 2014
Auteur : par Texte du M’PEP
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 QUELQUES REFLEXIONS SUR LA LAÏCITE

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).
Le 8 mars 2014.
Le M’PEP a lu avec attention la décision de justice du Comité des Droits de l’Homme (CDH) de l’ONU relative à la plainte formulée par un élève sikh scolarisé dans notre pays, contre la France. Cet élève avait été renvoyé d’un établissement scolaire en application de la loi de mars 2004 sur les signes religieux à l’école. Le CDH fonde sa décision de condamnation de la loi française de 2004 sur la privation d’une liberté individuelle injustifiée du fait de l’absence de trouble à l’ordre public généré par le port du turban. Elle met aussi en demeure l’État français de prouver que la mesure est raisonnable et indispensable.
Tout d’abord, le M’PEP note que, en prenant à son compte cette argumentation, le CDH remet en cause le principe même instauré par la loi de 2004, ce qui pourtant ne constituait pas l’objet de la plainte. Ensuite, sur un plan général, le M’PEP constate que la loi française de mars 2004 interdisant les signes religieux à l’école est une loi dont l’utilité est maintenant reconnue par la très grande majorité du monde enseignant. Basée sur l’application du principe constitutionnel de la laïcité elle a été promulguée à la suite de troubles générés par le port de signes religieux en milieu scolaire. Elle a fini par s’imposer après quinze ans d’expériences de toutes sortes infructueuses, allant de la conciliation à l’intransigeance mais pratiquées dans un cadre réglementaire local. Elle a immédiatement donné des résultats tangibles à la fois qualitatifs et quantitatifs et a permis d’apaiser les tensions et donc de rétablir le climat de sérénité propre à permettre aux élèves de s’instruire et de se construire. Cette loi a donc pacifié une situation qui, par les nombreux conflits qu’elle générait, risquait de perturber durablement la mission de l’école et, à terme, l’ordre public.
Enfin le M’PEP rappelle que suivant un principe d’égalité devant la loi, celle-ci ne peut autoriser aux uns ce qui est interdit aux autres. Cela pourrait déclencher une reprise des tensions sur la base non plus de la liberté individuelle mais sur celle d’une inégalité de traitement. Or, selon la position du plaignant et du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU, l’État devrait prouver que la mesure est raisonnable et indispensable pour remplir les objectifs invoqués dans la loi (ordre public, oppression...). Pour cela, l’État devrait donc apprécier chacun de des critères au cas par cas (oppression, impact sur l’identité, etc.). L’appréciation de tels critères, outre qu’elle relève et parce qu’elle relève de points de vue aussi individuels et subjectifs que la demande qui les provoque, risque d’ouvrir un champ illimité aux contestations diverses et porte en soi un danger évident pour « l’ordre public ».
Le M’PEP conteste donc l’argumentation du CDH de l’ONU et réaffirme donc publiquement son soutien à la loi française de mars 2004 sur les signes religieux à l’école. Mais, au-delà, le M’PEP souhaite saisir cette occasion pour consolider sa position théorique sur la laïcité. Car même si le M’PEP, depuis son origine, a fait de la laïcité un de ses fondamentaux politiques - de nombreux textes en témoignent - des événements récents nous conduisent à re-préciser nos positions sur certains aspects de la question laïque. Le texte qui suit tente de répondre à cette préoccupation.

 La laïcité : une pensée séparatiste

L’idée ou le principe laïque peut s’appréhender de multiple façons. Nous retenons ici une présentation qui nous semble avoir le mérite de suivre l’évolution historique de cette pensée et dont chaque étape se rattache à des nombreux philosophes et hommes politiques français.
Au départ, il y a une idée simple – certains disent un principe plutôt qu’une valeur - selon laquelle c’est la raison qui est le mieux à même d’explorer le fonctionnement du réel et en particulier de définir les lois qui cadrent la vie sociale. Cette appréhension du réel par le raisonnement ne peut d’ailleurs se promouvoir que si l’on admet qu’elle est possible et caractérise l’essence même de l’humanité. En ce sens la « conscience de la liberté » - le cogito cartésien - est un préalable à la liberté de conscience qui définit en dernier lieu la laïcité. Notons ici un point essentiel : la pensée laïque ne méprise pas les modes de représentation portés par les discours religieux mettant en jeu les forces de l’ « autre monde » (les dieux) mais leur dénie toute légitimité a priori pour définir le lien politique dans la cité, notamment lorsqu’ils contestent les bases scientifiques du savoir. Pour résumer : dans une perspective républicaine, seul le peuple est législateur et dans une perspective laïque il ne doit s’appuyer – pour ce faire- que sur sa seule raison.
Ensuite, cette faculté de raisonner - pour apprécier le réel et définir le lien politique de la cité – doit être garantie, protégée, en quelque sorte sanctuarisée pour ne pas être colonisée et affaiblie par des approches concurrentes, celles de la parole révélée et de l’ « autre monde », c’est-à-dire des religions. Il y a donc un deuxième aspect très important qui lie la pensée laïque à un cadre juridique et aux institutions dans un cadre séparatiste. Cette séparation entre l’Eglise et l’Etat s’est concrétisée dans la loi française de 1905 qui est emblématique de la pensée laïque.
Enfin, une conséquence essentielle de l’idée laïque et qui la rattache aux fondamentaux du M’PEP, c’est qu’elle est un instrument d’émancipation. S’appuyant en effet sur sa capacité de raisonner et sur des institutions préservées des rigidités mentales des structures religieuses, l’individu peut s’extraire de sa détermination sociale. Il ne se réduit pas aux caractéristiques contingentes - c’est-à-dire hasardeuses et subies - de son origine familiale, ethnique, religieuse ou de genre. Il devient un décideur de son propre chemin.

 Une dualité essentielle

En soulignant le caractère séparatiste de la pensée laïque, le M’PEP tient à mettre en évidence que la laïcité, dans son principe même, est une arme très efficace - et donc qui prémunit notre société - contre deux dérives majeures qu’il est utile de bien identifier.
La première dérive est bien connue parce qu’elle renvoie à un rapport de forces qui a marqué profondément notre Histoire : c’est la tendance à l’invasion de l’autorité publique par le religieux. Depuis la pensée philosophique des lumières jusqu’à la commission Stasi de loi de 2004 en passant par les œuvres de Condorcet, Hugo, Jaurès et la loi de 1905, l’idée laïque a toujours permis en effet de lutter contre une mainmise de l’ordre religieux et moral sur la loi qui se traduit inévitablement par une oppression arbitraire sur la liberté de conscience et d’expression, sur les religions minoritaires et sur la condition féminine. En ces sens, par-delà la seule neutralité de l’Etat, la loi de 1905 donne à la laïcité un contenu positif : la garantie de la liberté de conscience. L’Etat veille à ce que toutes les consciences puissent s’exprimer. Il permet ainsi aux groupes les plus faibles, les moins nombreux ou les plus récents de bénéficier de cette liberté. L’Etat laïque permet librement à tous de choisir, ou non, une option spirituelle et religieuse, d’en changer ou d’y renoncer. Le M’PEP, plus que jamais, inscrit son action politique dans cette perspective.
Mais une deuxième dérive doit aussi attirer notre attention : c’est la tendance à l’invasion de la sphère privée et intime par la loi. A ce sujet se développe une controverse sur l’idée qu’il faudrait interdire – ou non - le port du voile dans la rue ou à l’université en considérant que l’Islam serait intrinsèquement une menace contre la démocratie, ou que le port du voile serait le signe d’une infériorisation des femmes. Le M’PEP n’a pas encore arrêté sa position sur ce sujet, il se donne jusqu’au mois de juin 2014 pour proposer un texte sur cette nouvelle question.
L’école est un lieu spécifique. C’est le socle du pacte républicain. C’est le lieu où se construit, pour chaque individu, les capacités de raisonnement et le sens critique qui fondent la citoyenneté. Ici, pour le M’PEP, la séparation entre le domaine de la raison et celui de l’appartenance sociale doit être rigoureuse. Chaque enfant doit être amené – selon la belle formule de Catherine Kintzler - à mettre « en suspension » son lien communautaire, ethnique, religieux et même social, pour apprendre par sa raison et créer du lien politique sur ces bases rationnelles.
Le M’PEP a bien conscience que ce principe laïque, tel qu’il a été rappelé par la loi de 2004, peut représenter une contrainte pour certains élèves et certaines familles : pendant le temps de sa scolarité l’élève doit en effet enlever son turban, son voile ou cacher sa croix… Mais cette contrainte est temporaire, et n’empêche évidemment pas l’expression de la liberté de conscience dans les autres cadres de la vie sociale (en famille, dans les lieux de culte de son choix et dans la rue sous réserve de ne pas créer de troubles à l’ordre public…).
Inversement, la remise en question de cette loi aurait de lourdes conséquences. Elle serait contraire à l’autonomie morale et intellectuelle des élèves, à la construction rationnelle de leur liberté de conscience, ainsi qu’à la consolidation de la pleine égalité de leurs droits, sans discrimination liée au sexe, à l’origine ou à la conviction spirituelle. Elle renverrait les élèves à la logique multiforme de la force, et des groupes de pression religieux ou commerciaux. Elle serait donc contraire à l’exigence laïque.
Nous conclurons par une citation du philosophe Henri Pena-Ruiz que le M’PEP reprend intégralement à son compte : « La laïcité, c’est la liberté de conscience liée à l’égalité de traitement de celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas. Les lois communes dessinent ainsi une sphère publique consacrée au seul intérêt général. Renforcer la laïcité, c’est faire prévaloir ce qui unit sur ce qui divise, c’est fonder une paix authentique ».

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