samedi 8 mars 2014

Lepaon (CGT) attaque Hollande mais ne coupe pas les ponts avec la CFDT



C'est par la presse numérique, dans la partie réservée aux blogs et portant sur le thème "Questions sociales" que l'on apprend ce qui s'est passé et ce qui se passe au niveau de la direction confédérale de la CGT.
Les débats qui commencent à émerger à ce niveau sont très importants puisqu'ils portent sur les orientations de la CGT.
Au sommet de la CGT, dans la droite ligne du refus permanent d'aborder les questions centrales auxquelles est confrontée la CGT c'est silence dans les rangs.
A l'inverse nous pensons que les militants sont en droit de savoir, pour des raisons de démocratie et parce qu'il est plus que temps que le débat de fonds s'engage et devienne incontournable.

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L'article du Monde
Adresse :
http://social.blog.lemonde.fr/2014/03/06/lepaon-cgt-attaque-hollande-mais-ne-coupe-pas-les-ponts-avec-la-cfdt/
Lepaon (CGT) attaque Hollande mais ne coupe pas les ponts avec la CFDT

Dans une conférence de presse, jeudi 6 mars, Thierry Lepaon, le secrétaire général de la CGT, a vigoureusement attaqué François Hollande à propos du pacte de responsabilité. "L'intervention de la Commission européenne qui décide de mettre la France sous surveillance renforcée, a-t-il affirmé d'emblée, a été manifestement un élément déterminant pour aboutir au relevé de conclusions signé hier" (en fait conclu mais pas encore signé entre le Medef, la CGPME, l'UPA, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC). Voyant dans le pacte proposé par le président de la République "un accord de nature quasi-personnelle avec le président du Medef", il a jugé que sa décision était "irresponsable sur la méthode comme sur le fond".
Pour Thierry Lepaon, "le président de la République valide une logique qui donne la main au patronat sur tous les sujets de négociations et lui offre un droit de veto sur la loi. (...)  En remettant la France entre les mains du Medef, François Hollande donne l'occasion au patronat d'en demander toujours plus et même de s'affranchir des promesses de contreparties sur la création d'emplois."  Le 11 février, devant son comité confédéral national (CCN) – son parlement –, le secrétaire général de la CGT avait eu une formule encore plus féroce : "Comme les Bourgeois de Calais avaient remis les clefs de la ville aux Anglais, le président a remis ce qu'il considère être l'entreprise France à Pierre Gattaz."
"Rupture franche"
Appelant à "un printemps de mobilisation pour le progrès social" avec la participation à la journée interprofessionnelle lancée par FO le 18 mars, aux côtés de la FSU et de Solidaires, et la journée d'action de la Confédération européenne des syndicats le 4 avril, Thierry Lepaon a redit que le transfert des cotisations patronales de la branche famille vers l'impôt constituait "une rupture franche avec les principes fondateurs de notre pacte social". "Le pacte de responsabilité n'est pas un pacte pour l'emploi, a-t-il martelé. C'est un pacte de régression sociale."
Le secrétaire général de la CGT a critiqué la probable signature par la CFDT du "relevé de conclusions" – "un OJNI, objet juridique non identifié", selon la formule de Mohammed Oussedik, membre du bureau confédéral –, mais avec retenue. Il a estimé que la centrale de Laurent Berger était en "décalage" avec la déclaration commune CGT-CFDT-UNSA-FSU du 14 janvier qui réclamait "la généralisation de la conditionnalité des aides et exonérations fiscales aux entreprises à la mise en œuvre d'objectifs d'investissement économique et d'investissements sociaux : création d'emplois, qualification des salariés, politiques salariales dynamiques". "C'est à elle d'assumer ce décalage, a-t-il commenté. Nous, nous respectons la déclaration commune."
Pour un "1er-Mai unitaire"
"Notre désaccord est profond", a-t-il observé, en s'empressant d'ajouter : "Notre adversaire ce n'est pas la CFDT, ce sont les employeurs qui ont obtenu ce qu'ils voulaient et le gouvernement qui a permis qu'ils l'obtiennent." Thierry Lepaon, comme pour bien montrer qu'il n'entendait pas couper les ponts, a même souhaité un "1er-Mai unitaire" avec la CFDT : "Le 1er-Mai devrait rassembler tous les syndicats de notre pays quelles que soient les divergences. Il faut dépasser les clivages, bien réels aujourd'hui."
Les 11 et 12 février, lors du CCN de la CGT, la stratégie de Thierry Lepaon qui veut avoir deux fers au feu signant une déclaration commune avec la CFDT et manifestant avec FO en 2013 puis de nouveau le 18 mars a donné lieu à des débats. "Dans la réflexion au service de l'action, avait-il déclaré, il nous faut être nous-mêmes, la CGT, et ne pas nous enfermer dans des postures d'appareil incompréhensibles pour le commun des mortels. Notre choix n'est pas de choisir les uns contre les autres, une organisation plus qu'un autre, mais de construire un rassemblement suffisamment puissant pour améliorer la vie des salariés sur salaire, emploi, protection sociale, qualité de vie au travail."
"Club du non"
Thierry Lepaon avait qualifié l'initiative de FO pour le 18 mars, alors qu'une journée d'action dans les organismes sociaux était prévue ce jour-là, de "surprenante". "Cette journée, avait-il ajouté, est mise dans le paysage social et nous n'avons discuté ni des contenus ni des formes d'action avec FO." S'étonnant des pressions directes de FO auprès des structures fédérales et départementales de la CGT "le plan de travail de FO en direction de nos organisations fonctionne sans même que nous ayons pris le temps d'en débattre ensemble. C'est, avouons-le, un souci !", il avait souligné : "On ne décide pas de s'inscrire dans le 18 mars de FO. On décide CGT et on appelle toutes les organisations à y être."
Avant d'ajouter une mise en garde à peine feutrée sur "le risque d'enfermement dans le club du ''non'' qui nous priverait de notre capacité à proposer, à mettre sur la table nos revendications, à être la force de proposition alternative pour changer le travail". Depuis, le 21 février, la CGT, FO, la FSU et Solidaires ont lancé un appel commun à "une mobilisation massive" le 18 mars, un paragraphe étant consacré au pacte de responsabilité qui relève d'une "logique inacceptable d'austérité".
"Confusion"
La question de la stratégie de la CGT a fait l'objet d'un courrier véhément adressé, le 14 février, par Valérie Lesage, membre du bureau confédéral et secrétaire générale de l'union départementale du Val-de-Marne, à Thierry Lepaon. Dans cette lettre, révélée par l'Agence éducation, emploi, formation (AEF), Valérie Lesage défend la journée d'action avec FO et fustige la déclaration commune avec la CFDT qui "porte à confusion, puisqu'[elle] implique de fait un accompagnement du pacte de responsabilité".  Et, dans cette démarche pour le moins inhabituelle, elle s'en prend directement au secrétaire général : "D'une interview à l'autre, d'un écrit à l'autre, la CGT manque de cohérence, de clarté. Cela créait le flou, l'illisibilité, la confusion, tant dans les forces militantes que chez les salariés."
Accusant Thierry Lepaon de ne pas respecter les décisions du CCN, Valérie Lesage estime que cela relève de "la malhonnêteté intellectuelle". "J'alerte sur le fait, écrit-t-elle dans sa conclusion, qu'une rupture est en train de s'installer dans la CGT, dans les organisations, ainsi qu'un mécontentement de plus en plus important et nous ne pouvons faire comme s'il n'existait pas." Le secrétaire général de la CGT a précisé à l'AEF que le bureau confédéral avait "condamné unanimement le fond et la forme de ce courrier". Mais, a-t-il rassuré, "il n'y aura pas de chasse aux sorcières" contre la rebelle...

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