samedi 8 février 2014

Le mutuel des peuples d’Europe



Le mutuel des peuples d’Europe
dimanche 14 juin 2009
par Michel Peyret
Sous les cocoricos officiels, on devine l’inquiétude et la panique même. 
Les peuples d’Europe viennent de construire du mutuel. 
Du mutuel de haut niveau. 
Il serait dommageable pour l’avenir de toute l’humanité de ne point prendre en considération cette expression quasi unanime qui s’est manifestée à l’occasion du vote européen du 7 juin.
L’abstention, en %, dans les 27 états membres de l’Union européenne, en 2009
Allemagne...... 56,7 % 
Autriche........... 57,6 % 
Belgique........... 9,6 % 
Bulgarie........... 62,5 % 
Chypre............. 40,6 % 
Danemark........ 40,5 % 
Espagne........... 54,0 % 
Estonie............. 56,8 % 
Finlande........... 59,7 % 
France............... 59,5 % 
Grèce................. 47,4 % 
Hongrie............ 63,7 % 
Irlande............... 42,4 % 
Italie................... 33,5 % 
Lettonie............. 47,4 % 
Lituanie............. 79,1 % 
Luxembourg.... 9,0 % 
Malte.................. 21,2 % 
Pays-Bas............. 63,5 % 
Pologne.............. 75,5 % 
Portugal............. 63,0 % 
Tchéquie........... 71,8 % 
Roumanie.......... 72,6 % 
Royaume-Uni... 65,7 % 
Slovaquie........... 80,4 % 
Slovénie............ 71,8 % 
Suède................. 56,2 %
Source : Résultats des élections européennes 2009, Parlement européen.
Un mutuel contre le carcan dans lequel l’essentiel des forces politiques voudraient les corseter .
Un carcan derrière lequel se profilent les intérêts des multinationales capitalistes qui , en réalité , dictent leur loi . Leur besoin d’une nouvelle forme d’impérialisme pour conduire leurs affaires dans les nouvelles réalités et contradictions d’un monde devenu multipolaire.
Les peuples en ont fait la redoutable expérience.
Il est hautement symbolique que les peuples de l’Europe de l’Est, lesquels ont connu les évolutions que l’on sait, se distinguent particulièrement dans le refus d’un ordre, un ordre dont ils ont déjà fait l’expérience. Le super-étatisme, ils connaissent !
Un État, c’est déjà des dominations , des contraintes de trop , c’est l’organisation commune des intérêts de la classe capitaliste dirigeante . Un super-étatisme , c’est reléguer définitivement Marx au rayon des accessoires . Le changement de société aussi .
Mais l’on aurait tort de se contenter de considérer seulement l’idée de refus , même si elle occupe bien sa place, laquelle n’est pas mineure .
Il y a aussi, au moins à égalité, l’aspiration à devenir enfin des peuples libres, débarrassés de toutes les dominations, à commencer par celle , pesante, insupportable même quand elle s’exprime dans cette période de crise, de ces multinationales et leurs marchés financiers accapareurs et destructeurs des richesses produites par le travail des peuples.
À devenir enfin des peuples libres, libres de coopérer et d’échanger en dehors de toutes contraintes. Une mutualisation par le développement du dialogue entre les civilisations et les cultures.
Libres de ne pas limiter ces nouvelles relations à « ce croupion de l’Asie », à moins de constater qu’il a ses prolongement derrière l’Oural d’une part, jusqu’au Golfe du Mexique ou des îles du Pacifique et de l’Océan Indien d’autre part.
Lorsque l’on assiste, à la fois médusés et révoltés, à ces désordres mondiaux qui ensauvagent la vie de notre planète dans les concurrences, les affrontements, les guerres, on prend conscience , comme viennent de l’exprimer les peuples de « l’Union », qu’il est temps, grand temps, de bâtir enfin la civilisation contre l’inhumanité, mondiale et féroce, du capitalisme.
Quand on prend conscience également de l’ampleur généralisée des désastres du productivisme capitaliste, l’accumulation des héritages aux allures de catastrophe, la faim, l’eau, les pollutions, les sous-développements, l’analphabétisme, les accultures, tout cela à l’époque où l’automatisation et l’informatisation annoncent ou confirment une nouvelle révolution des moyens de production en mesure de répondre pour la première fois de l’histoire humaine à tous les besoins matériels, sociaux et culturels des sociétés, on peut penser que la mutualisation, telle qu’elle s’est exprimée le 7 juin dans cette partie de la planète, est une voie pour toute l’humanité.
D’autant qu’elle rejoint ainsi les voies qu’empruntent d’autres peuples dans d’autres continents.
Ce vote a été une mutualisation d’espérances.
A nous tous de savoir les faire vivre contre la coalition de ceux qui souhaitent les enterrer.

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