mercredi 22 décembre 2010

la CGT va-t-elle perdre son "T" ?

La CGT va-t-elle perdre son "T" ?

Chantiers_2006_04_num11.jpgOn sait que le mot “travailleur” a mauvaise presse, surtout dans un contexte politique ou social ; il est même devenu un “gros mot” au Parti socialiste si l’on en croit Pierre Mauroy. Il n’est pas jusqu’à la CGT (1) qui ne l’ait banni de son vocabulaire : un ouvrage intitulé Le Syndicalisme à mots découverts (2) nous apprend que travailleur apparaît des centaines de fois dans les résolutions de ses congrès des années 1970 pour quasiment disparaître à l’aube des années 1990. Le plus souvent remplacé par salarié (3).

Cette substitution “fait sens” (n’ayons pas peur d’utiliser nous aussi la langue de bois) : le travailleur exerce un métier, effectue une tâche, en bref il agit, apporte sa contribution à la société ; le salarié ne se définit plus que par la rétribution reçue de son employeur : il est remis à sa juste place, dans sa dépendance fondamentale. De sujet actif, il est devenu passif. Une substitution lexicale qui résume et illustre à la perfection les évolutions idéologiques de ces dernières décennies.

Justement, la CGT se proposait, à sa fondation, de lutter pour l’émancipation du travail, et donc d’”abolir le salariat”. Bernard Thibault en a-t-il seulement entendu parler ? En toute logique, la CGT va-t-elle devenir CGS (”S” pour “salariat”) ? A défaut d’abolir le salariat, elle aura du moins aboli travailleur.

-------------------------------

(1) dont le “T”, rappelons-le, est pour “travail” (Confédération générale du travail).

(2) Le Syndicalisme à mots découverts, dictionnaire des fréquences (1971-1990), ouvrage collectif, éditions Syllepse, 1998.

(3) quand ce n’est pas par l’insipide les gens ou même le peu lutte de classe les Français.
source el diablo

Aucun commentaire: