samedi 19 septembre 2009

"Apocalypse" : le révisionnisme en images coloriées

Samedi 19 septembre 2009




Au cinéma, à la télé, dans les journaux, la Seconde Guerre mondiale est à l’ordre du jour.

C‘est d’abord, sur Antenne 2, « Apocalypse », la relation, qui se présente comme « objective », du conflit, de 1939 à 1945, contée en six épisodes. C’est aussi, un téléfilm sur René Bousquet, l’ancien secrétaire général de la Police, sous Vichy, responsable de la déportation des juifs en 1942-1943.



Ce rappel à l’histoire, pour maintenir une mémoire collective, ne pourrait être que positif, si le contenu de ces œuvres portait moins sur le destin personnel de certains des acteurs du drame, qu’ils fussent traîtres ou héros, chefs d’Etat ou simples anonymes, que sur le pourquoi du conflit, de ses enjeux, du cadre politique mondial dans lequel il s’est développé.



Ce n’est pas le cas d’ « Apocalypse » !



Ne retenir des évènements, que les figures d’Hitler face à Staline, présentés comme «les deux totalitarismes », de Churchill, Roosevelt ou de Gaulle, c’est réduire l’histoire à une querelle d’hommes, les « bons » et les « méchants ».



« Apocalypse », réalisé sur la base de documents (la moitié d’entre eux seraient inédits), est d’une facture technique de haut niveau, s’applique à résumer les faits de guerre, les bombardements, les offensives et les contre-offensives, les batailles décisives, les déclarations des dirigeants, parfois vus dans leur intimité.

L’élément nouveau, qui distingue ce documentaire de ceux qui l’ont précédé, (s’appuyant, pour la première fois, sur les archives allemandes, soviétiques et japonaises), c’est vouloir donner un éclairage d’ « authenticité » et de proximité, sur les images colorisées.



Mais que vont retenir d’ « Apocalypse », les téléspectateurs, les jeunes en particulier ?

Un film d’aventure, terrible, certes, bouleversant, qui au prix de massacres sans nom, commis par un ennemi implacable (nazi ou japonais), présente une fin heureuse : la défaite finale de cet ennemi, réduit par les Alliés coalisés.



Mais des causes réelles de cette guerre, du poids décisif des intérêts économiques occidentaux en jeu, du soutien de ceux-ci à Hitler et à son régime, dès avant 1933, malgré l’antisémitisme revendiqué et des buts de guerre annoncés dans « Mein Kampf », et des manœuvres alliés, jusqu’aux mois précédant la défaite de l’Allemagne nazie, rien n’est évoqué.

La résistance populaire au régime hitlérien et la répression sauvage, dès janvier 1933, des opposants allemands, communistes en premier lieu, sont totalement ignorées.



Les quatre premiers épisodes d’ « Apocalypse » n’évoquent, en aucune manière, la résistance communiste, en France, dès l’été 40 : l’arrestation de Guy Môquet en juillet, celle des futurs fusillés de Chateaubriand, d’octobre à décembre, la grande grève des mineurs du Nord, en mai 41.



Rien ne doit déranger l’idée, imposée à l’opinion, que le PCF « a attendu » l’agression allemande contre l’URSS, le 22 juin 41, pour s’opposer à l’Occupant.



Pas un mot dans le film sur les objectifs de l’impérialisme allemand en Pologne et en Union soviétique : la conquête de nouveaux et immenses territoires à coloniser, peuplés de « barbares » et de « sauvages », les slaves et les juifs (ces derniers, doublement « coupables » comme « judéo-bolcheviks »), qu’il faut exterminer comme « races inférieures », à l’exemple de la conquête du Far West par les « blancs » américains, tout au long du XIXème siècle.



Sait-on que le dictateur allemand fit du massacre systématique des Indiens et de sa justification par les dirigeants états-uniens, un « modèle » transplanté à l’Est de l’Europe ?

Personne ne saura qu’Adolf Hitler s’est nourri de la prose de l’industriel américain, Henry Ford, pour dénoncer le « danger juif » mondial, dans « Mein Kampf ».



Certes, dans le même temps, sort sur nos écrans, le film de Robert Guédiguian, « L’Armée du crime », à la gloire des groupes armés FTP, communistes d’origine étrangère, et de leur combat contre l’Occupant. Mais, ces faits d’armes datent de 1943-1944. La critique des médias peut célébrer le film : la période évoquée n’efface pas le tabou imposé, niant la résistance des militants du PCF, avant le 22 juin 41.



Et cela, les Français doivent l’ignorer !


Jean LEVY
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