dimanche 14 juin 2009

réponse de Georges Gastaud à Michel Peyret.

réponse de Georges Gastaud à Michel Peyret. Double à quelques camarades
concernés par d'éventuelles assises du communisme.

Merci pour cet appel mais

a) je crois qu'il n'est pas exact que la force communiste soit *"éclatée
, désorientée , sinon désillusionnée , découragée". *Nous venons de
mener une campagne tambour battant pour l'abstention: le PRCF a collé
plus de 15 000 affiches pour l'abstention citoyenne, il a distribué avec
un bon accueil des dizaines de milliers de tracts. Ses militants
syndicaux font une percée dans la défense du syndicalisme rouge contre
la CES. Des contacts fructueux se sont établis au cours de la campagne
avec Rouges Vifs IDF (appel commun), avec la Coordination du nord (deux
meetings communs), avec les militants rassemblés à Argenteuil (appel
communiste pour la défense des libertés sur le site de M. Mélinand). Il
y a aussi depuis plus d'un an une démarche commune entre le PRCF et
d'autres forces républicaines pour appeler à s'affranchir de l'UE et un
colloque républicain large est prévu pour sortir la France du CNR.
D'autres organisations communistes, de manière non unitaire (je le
déplore) mais néanmoins convergente, agissent dans la même direction et
il serait désobligeant, pour ces milliers de camarades qui ne se
contentent pas de théoriser, mais qui s'efforcent de reconstruire des
organisations communistes sur le terrain et dans l'action, de les
considérer comme quantité négligeable.

Sur la question de la criminalisation du communisme passé, nous marquons
également des points et il serait urgent que tous les communistes nous
soutiennent avant que la faucille et le marteau, et tous ceux qui la
défendent à l'échelle continentale, ne fussent interdits (cette menace
ne doit pas nous décourager mais nous stimuler: si on était déjà morts,
pourquoi voudraient-ils nous tuer?). On ne combat pas l'euro-chasse aux
sorcières qui se met en place en déclarant que "*Des expériences ,
malheureuses , tragiques , ont eu lieu en son nom . Elles sont mortes
d'hypertrophies étatiques , de confiscations des souverainetés et des
démocraties qu'elles prétendaient vouloir établir" *et en déclarant,
comme les mutants et autres refondateurs qui nous ont mené dans le trou
que "*Aussi ce communisme que nous préconisons doit-il être totalement
nouveau". *Le communisme futur devra tirer les leçons, négatives *MAIS
AUSSI POSITIVES, *dz la première expérience socialiste de l'histoire.
Les peuples de l'est ne cessent, quand on les laisse parler librement
(par ex. dans "Thalassa") de dire, expérience faite des deux systèmes,
que "c'était mieux auparavant". Un sondage réalisé en Russie aboutit au
résultat suivant: 67% des gens (bien plus si l'on ne compte que les
travailleurs en excluant les "nouveaux Russes") jugent que "le
socialisme est supérieur au capitalisme". Pour ma part je n'oublie ni ne
renie l'apport inestimable de Babeuf, de la Commune, de la Révolution
d'Octobre, de la première édification du socialisme sous encerclement
capitaliste et fasciste, de Cuba, du Mouvement communiste international,
et pour la France, de Tours, du Front populaire, de la résistance
antifasciste, des conquêtes des ministres communistes de la Libération,
des luttes anticoloniales, etc. Je me permets de renvoyer Michel aux
écrits que je lui ai communiqués sur ces points, notamment à mes travaux
sur "l'héritage communiste", travaux sur lesquels je n'ai jamais eu son
avis éclairé. *"Du passé faisons table rase", cela vise l'exploitation
capitaliste, pas l'héritage communiste qu'il faut au contraire étudier
de manière posée, de manière à prolonger ce qui fut positif et à ne pas
répéter ce qui fut négatif.*

b) le centrage exclusif du communisme radicalement nouveau proposé par
Michel sur l'entreprise n'est pas si radicalement nouveau que cela.
C'est l'autogestion, dont on a vu, en l'absence d'une articulation avec
la *planification*, ce qu'elle a produit en Yougoslavie socialiste, où
toutes les inégalités territoriales se sont développées de manière
explosive.* La socialisation des moyens de production doit à la fois
intégrer la planification et ce que, comme le PCF dans les années 70,
j'appellerai plutôt, pour me démarquer des théories fumeuses du PSU et
de la CFDT d'alors, d' "autonomie de gestion"*: car les grandes
entreprises doivent appartenir à toute la nation laborieuse. Par
exemple, si nous arrivions à influer sur la politique du pays, il
faudrait une p*olitique nationale planifiée de réindustrialisation du
pays, *sans quoi les travailleurs n'autogérèront plus bientôt que des
friches industrielles!

c) *le dépérissement de l'Etat est une vue de l'esprit s'il n'est pas
articulé préalablement à la conquête du pouvoir* (comment le mouvement
ouvrier prend-il les rênes? Question de la révolution au sens étroit du
mot), à la dictature du prolétariat et de ses alliés (car les "autres"
sont ultra-méchants, on le voit tous les jours, et ils ne se laisseront
pas dépouiller gentiment: *il faudra un Etat populaire armé pour les
écraser*; bref le dépérissement de l'Etat immédiat, conception très peu
nouvelle en fait, et qui est celle des anarchistes et des fédéralistes
(Proudhon, Bakounine...), ne fera pas le poids face à la réaction, on
peut relire à ce sujet "la Guerre civile en France" où Marx critique
l'angélisme relatif de la Commune).
Bien entendu, je suis d'accord que le dépérissement ne doit pas être
renvoyé aux calendes grecques. Aussitôt mis en place, l'Etat populaire
doit travailler sous le contrôle des masses à son propre dépérissement
en transférant aux masses un maximum de fonctions de direction, ce que
n'a pas fait ou pas pu faire l'URSS (mais l'URSS s'est construite
pendant que le fascisme montait à l'est et à l'ouest, que le pays était
ruiné, que l'énorme saignée de 1940/45 a obligé le pays à repartir de
très bas, et cela bien sûr n'exclut pas les responsabilités de Staline;
cependant, pensons à la "glaciation" de la Révolution française sous
l'effet de conflits de plus en plus violents. Je ne crois pas que
Saint-Just ou Robespierre aient "tout juste", mais les excès de la
Terreur ne me font pas oublier qu'elle était nécessaire et ne me font
pas croire qu'il faut inventer un mouvement républicain "totalement
nouveau": au contraire, nous prenons toujours appui sur les grands
républicains du passé, y compris bourgeois).

Cela dit je suis sensible à l'effort de Michel Peyret pour inscrire le
communisme dans la lutte révolutionnaire pour sortir la France de l'UE
et inscrire la construction du socialisme dans ce que notre histoire
national a produit de plus avancé. Sur ce point il y a convergence.

Sur la méthode, je ne crois pas que ce que propose Michel puisse unir
tous les communistes: elle met trop de préalables doctrinaux, certes
intéressants, mais purement personnels: on ne peut pas "asseoir" le
communisme sur un seul derrière!

Ce que propose le PRCF c'est donc

a) l'unité d'action immédiate à tous les groupes et militants du
communisme qui sont pour la rupture totale avec l'UE et qui ne regardent
pas avec mépris, de manière gauchiste ou trotskisante, la question
révolutionnaire clé de l'indépendance nationale comme levier d'une
rupture avec le grand capital; battons le fer tant qu'il est chaud, si
un front communiste sur cette question se décantait, ce serait un
ferment pour la reconstruction d'un futur parti communiste; et sur ce
point on pourrait unir par-delà les veto organisationnels, les
communistes encore membre du PC en voie de liquidation dans le FG, et
ceux qui se sont regroupés ailleurs; à noter que cela n'interdit
nullement les rassemblements plus larges, pour le même objectif, avec
des républicains non communistes, socialistes jauressistes, gaullistes
de gauche, etc.; c'est tout simplement l'application de l'idée que d'une
part il faut regrouper la classe travailleuse (donc les communistes),
d'autre part qu'il faut regrouper autour de la classe des travailleurs
salariés l'ensemble des couches antimonopolistes qui sont lésées par la
construction supranationale. Ce sont deux cercles concentriques et non
pas un seul: sans quoi ou bien l'on rabat la reconstruction communiste
sur un contenu purement national et républicain, soit on ne permet pas
aux communistes, préalablement regroupés, de peser suffisamment dans le
futur rassemblement républicain de masse pour sortir la France de l'UE.

b) de proposer aux communistes une contre-attaque PRATIQUE sur le 7 et 8
novembre prochain. En effet, le parlement européen, avec un texte
co-signé Cavada, Peillon, Cohn-Bendit ET GOLLNISCH, prétend criminaliser
l'URSS à l'échelle européenne en l'amalgamant à l'Allemagne nazie, et 40
députés UMP (notamment les anciens du GUD) ont préparé un projet de loi
visant à faire du 9 novembre de chaque année une journée de dénonciation
des "crimes du communisme". Le danger est d'autant plus considérable que
le PCF ne fait strictement rien, pas plus que le PGE (heureusement qu'il
y a le PC de Grèce et le PTB, que le PRCF seconde de son mieux sur ces
sujets: nous avons même coorganisé une manif à Strasbourg en 2005 avec
environ 300 personnes, ce qui n'est pas rien). C'est pourquoi, face à la
campagne MONDIALE contre le communisme qui se prépare pour le 20ème
anniversaire du 9 novembre 1989, le PRCF consulte un maximum
d'organisation pour organiser le 7 novembre (anticipons et utilisons la
date fondatrice du communisme moderne) une grande rencontre communiste
nationale sur le thème: "le capitalisme et son UE mènent l'humanité dans
le mur, plus que jamais l'avenir est au communisme". Naturellement, dans
ce cadre, ceux qui voudraient s'exprimer pourraient le faire à leur guise.

Voilà les quelques réflexions que m'a inspirées le texte de Michel
Peyret. J'espère que je ne vous aurai pas trop importuné avec tout cela,
mais je n'ai paradoxalement pas eu le temps de "faire plus court".

Georges Gastaud.
PS/ Je me permets de vous renvoyer à mes travaux théoriques, notamment à
"Mondialisation capitaliste et projet communiste" (Temps des cerises,
1995) qui contient une tentative d'analyse dialectique de la
contre-révolution et une réflexion qui se veut de principe sur les
rapports entre mondialisation, nation, classes sociales et communisme.
"Essai sur la renaissance communiste"
"Notre héritage n'est précédé d'aucun testament", numéro spécial
d'Etincelles sur l'héritage communiste.
Article "Cassandre et PRométhée", dans "Sagesse de la révolution"
récemment paru au Temps des cerises.
"Communisme, vers quel avenir", livre collectif (TDC, confrontant les
points de vue de Gérin, Karman, Lévy, etc.).
"Octobre 1917, causes, impact, prolongements", à Espace Marx: cf mon
article "pour une analyse révolutionnaire de la contre-révolution".

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