jeudi 28 mai 2009

Quand le M'PEP se mord la queue...

Quand le M'PEP se mord la queue...

« Deux semaines pour faire gagner le Front de Gauche »



tel est l’appel lancé par le M’PEP.

Que ce mouvement, qui se veut « d’Education populaire », se fasse le rabatteur d’une liste aux élections européennes, celle du ‘Front de Gauche’ (PCF-PG) en l’occurrence, cela regarde ses promoteurs.

Ce qui intéresse le citoyen, censé « être éduqué », c’est de connaître les raisons qui motivent ce choix.



Le M’PEP écrit :



Le lien entre les luttes sociales en cours et les élections européennes du 7 juin est loin d’être établi. On a pu l’observer lors des manifestations du 1er mai qui n’ont porté aucune véritable exigence politique, comme si la proximité des élections européennes n’avait aucune signification.

Les manifestations du 1er mai 2009 étaient, par exemple, très différentes des manifestations du 1er mai 2002 qui se tenaient entre les deux tours de l’élection présidentielle et qui avaient vu s’exprimer avec force la jeunesse contre Le Pen puisque ce dernier était présent au deuxième tour contre Chirac. Une fraction significative de la jeunesse avait fait irruption dans les défilés syndicaux pour leur donner une nette signification politique. Nul phénomène de la sorte ne s’est produit le 1er mai 2009.

La gauche reste dans un vide de perspective politique que le Front de Gauche est encore très loin de remplir. D’autant que l’échéance européenne n’est pas vécue, à juste titre, comme pouvant résoudre les problèmes.



C’est exact : aucun lien n’est établi entre les luttes sociales en cours et l’Union européenne, les objectifs de celle-ci, les raisons de son existence, et partant, avec les élections du 7 juin.

Le M’PEP regrette, en conséquence, que le 1er mai n’ait pas été l’occasion de placer les élections européennes au centre de la manifestation.

Nous pourrions partager ce point de vue, mais pas dans le sens souhaité par l’organisation d’Education populaire. Celle-ci ne cache pas sa déception : pour elle, il aurait fallu mobiliser, les jeunes en particulier, en faveur de la liste PCF-PG, en clair, « pour l’Europe sociale ».

Pour écarter toute ambiguïté dans ses propos, le P’PEP fait référence au 1er mai 2002, transformé en rassemblement en faveur d’un vote « pour Chirac » pour éviter Le Pen. Autrement dit de voter « pour le moins pire ».

Le parallèle est frappant : il y sept ans, il n’y avait aucune possibilité de voir élire le chef du Front National au second tour. Les chiffres du scrutin du premier tour étaient sans équivoque à cet égard. C’est pourquoi une immense arnaque politique, à laquelle a participé tout l’arc-en-ciel politique (de la LCR au RPR, en passant par le PCF et les socialistes), a permis de plébisciter le candidat de droite, qui sera élu avec une majorité de voix de gauche !



Aujourd’hui, on voudrait encore entraîner les salariés et toutes les couches populaires dans un vote contraire à leurs intérêts. Les bulletins qui se porteront sur des listes se réclamant de l’Europe sociale et de « l’anticapitalisme » s’ajouteront à, toutes celles qui se revendiquent de l’Europe, telle qu’elle est. Car, au bout du compte, les voix PCF-PG, NPA et LO seront décomptées comme des bulletins « pour l’Europe », face aux abstentionnistes, seule force considérée comme hostile à la construction européenne, à l’Union européenne.

C’est si vrai que le M’PEP reconnaît que :



Encourager les électeurs à voter pour telle ou telle liste au motif que l’action de leurs candidats, s’ils sont élus députés, pourrait changer les politiques européennes n’est pas exact et constitue une grave erreur.

Mais alors, à quoi bon voter, pourraient alors se demander les électeurs, car quelle que soit la majorité au Parlement européen, ce seront toujours les mêmes politiques ? (…)

Ce sont les jeunes et les classes populaires, c’est-à-dire l’électorat de gauche, qui rejette le plus cette « construction » européenne. C’est pourquoi l’hypothèse de la « sortie » de l’Union européenne (et non de l’Europe !) fait aujourd’hui l’objet des mêmes fantasmes parmi les élites dirigeantes que le « non » au traité constitutionnel européen au début de la campagne du référendum de 2005 ! Le débat sur ce thème reste interdit, C’est un tabou ! (…)

Il est fondamental que le Front de Gauche ait montré que les traités européens sont « incompatibles avec une politique de gauche ». Mais la suite reste floue. On ne peut en rester aux hypothèses de la révision des traités ou avec celles d’une « constituante » européenne qui apparaissent totalement extravagantes.

Il faut se rappeler que le traité de l’Union européenne contient un protocole qui stipule que le « marché intérieur tel qu’il est défini à l’article 3 comprend un système garantissant que la concurrence est libre et non faussée ». Le traité de Lisbonne (qui n’est pas encore ratifié) organise de manière méthodique la soumission de tous les instruments d’intervention publique aux principes du marché. C’est le cas de la politique budgétaire et monétaire qui doit être « conduite conformément au respect du principe d’une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, favorisant une allocation efficace des ressources » (…)

Quand le Parti socialiste affirme que pour « réorienter l’Europe, il faut d’abord envoyer au Parlement de Strasbourg une majorité de députés de gauche », il ment aux électeurs.

Dans ces conditions, pourquoi le M’PEP incite à voter La cohérence ne conduirait-elle pas à appeler à l’abstention ?

Le M’PEP, dont l’objectif est de mobiliser en faveur des listes du « Front de Gauche » (PCF-PG), refuse cette option. Et de s’en expliquer :

Le Front de Gauche doit dire clairement ce qu’un gouvernement de gauche devrait faire vis-à-vis de l’Union européenne pour mener une politique de gauche, tout de suite, sans attendre une modification des traités ou une « constituante européenne », ce qui risquerait de prendre des années, voire des décennies !

Un tel programme est incompatible avec le maintien de la France dans l’Union européenne. L’organisation d’Education populaire n’en fait pas mystère. Alors, pourquoi « tourner autour du pot » et ne pas se ranger directement dans le camp des partisans du retrait de notre pays de l’UE ? Les perspectives seraient alors éclaircies, surtout quand on sait que les dirigeants du PCF se proclament « proeuropéens ». *

Appeler, dans ces conditions, à voter pour ses candidats, relève d’une incohérence politique ou de manœuvres politiciennes, peu « éducatives » pour le peuple.
article paru dans "canempechepasnicolas"

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