vendredi 8 mai 2009

Marcel COLLET Lettre ouverte à Bernard THIBAULT, Secrétaire Général de la C.G.T.

Marcel COLLET Lettre ouverte à Bernard THIBAULT, Secrétaire Général de la C.G.T.
Les Ramayes
53440 Marcillé-La-Ville
Camarade THIBAULT, entends-tu la colère qui gronde
dans les manifs et les usines ?
Je viens d’écouter ta déclaration sur FRANCE-INTER ainsi que celle de J. C. MAILLY de
F.O. et celle de F. CHEREQUE de la CFDT. Je ne suis pas surpris, ce n’est pas la 1ère fois
que tu tiens des propos démobilisateurs qui permettent que tu ais droit aux compliments du
MEDEF et des ministres de SARKO.
Par cette lettre, je veux te faire part du grave mécontentement qu’éprouvent un grand nombre
de militants qui sont scandalisés par les conséquences du virage réformiste de notre C.G.T.
depuis quinze ans (pour la plupart des membres du Bureau Confédéral et plusieurs secrétaires
de fédérations REFORMISME est devenu synonyme de COLLABORATION). Je reviendrais
un peu plus loin sur ta déclaration de ce jour.
Hier, je participais à ma 42 ème manif du 1er mai (interdite de 1954 à 1967). C’est la 3ème qui
connaît un tel succès.
1968 – Nous étions environs 100 000 manifestants dans les rues de Paris. Le succès de cette
manif nous aida considérablement au cours des semaines suivantes pour développer les luttes
qui permirent des résultats importants.
2002 fut également un grand 1er mai dirigé contre les dangers de l’extrême droite (LE PEN en
particulier).
En conséquence (mis à part 2002) le 1er mai 2009, c’est le plus important depuis plus d’un
demi-siècle.
Hier à Laval, selon les infos de France Bleue Mayenne, nous étions près de 4000, c’est quinze
à vingt fois plus que les années précédantes (y compris en 1968 il y avait moins de 300
participants). Ce succès est le résultat de l’action unitaire mais également et surtout du
mécontentement qui touche l’ensemble des travailleurs, retraités, chômeurs, lycéens,
étudiants, etc.
Quelques mots sur des propos que tu tenais à la radio, début avril «il est souhaitable que le 1er
mai nous soyons encore plus nombreux que le 19 mars. » S’exprimer ainsi, c’est vraiment
irresponsable de penser que le 1er jour d’un long week-end on va mobiliser autant qu’un jour
de travail. C’est aussi la démonstration, à quel point les membres du Bureau Confédéral sont
coupés de la base.
Maintenant j’arrive aux déclarations de ce jour (ce matin 2mai sur France Inter) dans l’ordre
de l’émission : J. C. MAILLY, B. THIBAULT, F. CHEREQUE . Déclaration correcte du S.
G. de F.O. qui propose qu’après le succès du 1er mai, il faille organiser une grève nationale
interprofessionnelle, ensuite (j’ai vraiment l’impression qu’avec CHEREQUE, vous vous êtes
partagé le sale boulot) tu es le 2ème intervenant pour dire qu’il n’est pas possible de demander
aux travailleurs de faire grève, vu qu’ils ont de grosses difficultés financières (quel mépris
pour les salariés les plus pauvres ! ) CHEREQUE ferme le ban, en affirmant que le
gouvernement devra tenir compte de la mobilisation du 1er mai. Il n’est pas interdit de rêver,
penser que l’on peut faire reculer les requins de la finance avec deux manifs par trimestre,
c’est vraiment dans le domaine du rêve.
Je rappelle qu’en 1968, nous étions plus de neuf millions en grève avec occupations des
entreprises, quelques millions d’autres salariés n’étaient pas dans le mouvement. Beaucoup
d’entre eux nous ont rejoint dans les luttes dans les années suivantes parmi les grévistes, des
millions étaient payés au SMIC, quelquefois moins, notamment les jeunes qui subissaient un
abattement et les salariés de l’agriculture.
Dans la ville où je travaillais, Argenteuil dans le Val d’Oise, sur environ 10 000 grévistes, de
nombreux smicards notamment les femmes et les immigrés étaient très engagés dans le
mouvement. Sur les fiches de paie du mois de juin, un bon en avant, 35 % de plus pour le
SMIC et 55 % sur le SMAG (Salaire Minimum Agricole Garanti). L’action commune des
O. S. avec les ouvriers qualifiés, les employés, les techniciens et une partie des cadres avait
été positive pour tous.
Deux exemples récents démontrent que les travailleurs les plus pauvres n’hésitent pas à
s’engager dans l’action, nos camarades de Guadeloupe et de Martinique, encore plus mal
payés qu’en métropole se sont engagés dans une lutte difficile et ils ont imposé les résultats
que l’on connaît (44 jours de grève en Guadeloupe)
Depuis un an, les sans papiers ont aussi démontré que des travailleurs mal payés et pauvres
peuvent faire reculer le patronat et le gouvernement, il est vrai qu’ils ont le soutien de
nombreux militants de la base, si bien que le Bureau Confédéral a du prendre le train en
marche et soutenir la lutte des sans papiers.
Avant de conclure, je veux ajouter quelques mots sur les dizaines de milliers de salariés qui
luttent, quelquefois depuis plusieurs mois, notamment dans la métallurgie, la chimie,
l’enseignement, l’EDF, la santé, la Poste, etc. J’ai une pensée particulière pour les camarades
de l’EDF (ERDF) qui vont recevoir pour le mois d’avril des fiches de paie amputé de 40 à 60
%. Je pense aussi aux enseignants qui depuis cinq ans ont perdu la valeur de plusieurs
semaines de salaires sans obtenir des résultats suffisants. Les directions confédérales portent
une partie de la responsabilité de cette situation, jusqu’à présent elles n’ont pas pris les
dispositions nécessaires pour réaliser le TOUS ENSEMBLE, EN MEME TEMPS.
En 1968, dans un contexte, avec des points communs avec celui que nous connaissons en
2009, la C.G.T. n’a pas appelé à la grève générale mais nous avons distribué des millions de
tracts appelant à la généralisation des grèves, le résultat fut concluant.
Il est grand temps que la direction confédérale entende cette volonté d’agir TOUS
ENSEMBLE. A de nombreuses occasions, nous avons imposé des acquis considérables,
notamment en 1953, 1968, 1995. C’est possible, dés maintenant, à condition que la C.G.T.
retrouve ses couleurs.
J’ose espérer que ces aspirations qui grandissent partout à la base seront entendues.
Marcillé, le 2 mai 2009
Marcel COLLET
Militant C.G.T.
Depuis 1955
P.S.
Depuis 1995, j’ai adressé une demi-douzaine de courrier à la Direction Confédérale, je n’ai
jamais reçu de réponse… Vu la dégradation de la situation actuelle, cette lettre sera rendue
publique.

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