dimanche 19 avril 2009

« Vive la Nation ! » Par Georges Gastaud

« Vive la Nation ! » Par Georges Gastaud



C’est à ce cri que l’ "armée des savetiers" raillée par la réaction balaya à Valmy celle des Rois d’Europe appelée à sa rescousse par Louis XVI. C’est dire si la référence à la "nation" s’enracine dans notre histoire révolutionnaire, le mot "patriote" désignant à l’origine les amis de Marat et autres "Sans-Culotte"...

Pourtant nombre de militants de gauche rejettent avec horreur toute référence à la nation et aux symboles qui la représentent aux yeux des Français, drapeau tricolore et Marseillaise en tête. C’est que la grande bourgeoisie, devenue contre-révolutionnaire, a longtemps dévoyé le sentiment national pour justifier sa politique anti-ouvrière et colonialiste.

« Devenir la nation »

Nul ne peut oublier non plus que depuis 1981, le Front "national" de Le Pen a usurpé le nom de ce mouvement de résistance créé par le PCF sous l’Occupation : froidement mis sur orbite par Mitterrand, ce prétendu F"N" a cultivé la xénophobie... et fourni le repoussoir idéal dont Mitterrand avait besoin pour ringardiser le patriotisme et préparer la mise en place du traité de Maastricht et de l’euro...

Mais les résistants conséquents d’aujourd’hui savent qu’il est absurde de confondre nation et nationalisme – rejette-t-on l’intégrité parce qu’il y a des intégristes, ou l’humanité parce que les "humanitaristes" à la Kouchner aident les ingérences impérialistes ? Comme le dit Léon Landini, président du PRCF et ancien officier FTP-MOI : si votre fille a été violée, vous ne devez pas la renier, mais l’aimer davantage et réserver vos coups aux violeurs. Et ce n’est pas parce qu’Hortefeu se réclame de "l’identité nationale" pour casser de l’immigré qu’il faut renier la France, ou traiter le drapeau français de "torche-cul" comme le font certains "gens de gauche", offrant la nation sur un plateau à la pire réaction !

Dans le « Manifeste », l’internationaliste Marx conseillait à la classe ouvrière de "devenir la nation" pour entraîner derrière elle la masse des exploités. La Commune, premier gouvernement ouvrier de l’histoire, fut le résultat d’une insurrection patriotique contre l’occupant prussien et ses collabos versaillais. En 36, le grand patronat criait "Plutôt Hitler que le Front populaire !", mais le PCF, appuyé par l’Internationale communiste, associait drapeaux tricolore et rouge pour isoler les fascistes. Il devint le fer de lance de la Résistance armée sur des bases patriotiques, sociales et internationalistes en créant les Francs-Tireurs et Partisans de France et "Main d’Oeuvre Immigrée", quand la bourgeoisie "française" eut fait "le choix de la défaite" militaire en 1940. Et cette alliance antifasciste entre la nation républicaine et la classe ouvrière, "seule restée fidèle en sa masse à la France profanée" selon le gaulliste Mauriac, rendit possible le programme du Conseil National de la Résistance d’où viennent les avancées sociales des ministres communistes de 45.

Sauver la nation pour sauver la classe ouvrière

Associer patriotisme républicain et combat anticapitaliste ne devrait donc pas poser problème à des communistes et à des républicains conséquents, et il est étonnant que certaines organisations se réclamant du marxisme-léninisme refusent en pratique d’aider le PRCF à défendre sur des bases de classe la nation déchiquetée par la "rupture" de Sarko-Thatcher et l’Europe...

Les monopoles capitalistes, eux, n’ont pas d’états d’âme pour mener de front casses sociale et nationale - programme du CNR, principes républicains issus de la Révolution, souveraineté nationale bradée par le Traité de Lisbonne, laïcité sacrifiée au "dialogue avec les religions", République une et indivisible déchirée par l’euro-régionalisation, autonomie communale dépecée par le plan Balladur/Mauroy, séparation républicaine des pouvoirs (Sarko phagocyte les pouvoirs législatif et judiciaire...), langue française (Seillière et Parisot veulent faire de l’anglais l’unique "langue des affaires et de l’entreprise"), recherche scientifique, production en France laminée par les délocalisations industrielles, agriculture familiale, commerce de proximité et pêche artisanale….

C’est l’existence même de la nation que menace, pour des raisons de classe, l’aristocratie financière. Elle veut en faire une coquille vide, un « site France », plate-forme du tourisme friqué, de la finance et du camionnage, pour mondialiser ses profits et mater la jeunesse et le prolétariat de France jugés trop frondeurs. Cerise sur le gâteau, Sarkozy réintègre l’armée française dans le commandement unifié de l’OTAN, démantèle les garnisons de frontières et autorise un bataillon... allemand en Alsace, à deux pas du l’ex-camp nazi du Struthof !

Sortir de l’Europe !

Les vrais progressistes doivent donc rompre avec l’illusion d’une "réorientation progressiste de l’UE" prônée par Aubry, Royal, le PC "euroconstructif" de Wurtz et "l’euro-révolutionnaire" Besancenot, dont les listes seront ouvertes aux euro-régionalistes de tous poils. A l’inverse de ces « euro-nationalistes » qui dénigrent la petite France pour mieux adorer la Grande Europe, les vrais progressistes doivent oser rouvrir une perspective politique révolutionnaire en osant prôner la SORTIE de la France de l’euro et de l’U.E., une politique nationale de réindustrialisation, la nationalisation démocratique des banques et des secteurs clés de l’économie, de nouveaux traités internationaux progressistes permettant d’échanger avec le monde entier...

Cela cristalliserait d’immenses affrontements de classes à l’initiative des travailleurs sur tout notre sous-continent, et engagerait concrètement la lutte pour le socialisme en unissant derrière le mouvement ouvrier la majorité de la nation laborieuse, y compris les couches moyennes précarisées par Maastricht, sans cesser une seconde de développer l’internationalisme prolétarien !

Dans l’immédiat, nationaliser les luttes reste la priorité pour construire ici le "tous ensemble en même temps" qui vient de triompher en Guadeloupe. Et comment y parvenir si on nie la dimension nationale des luttes pour complaire à la Confédération Européenne des Syndicats ? Car, associée au mot d’ordre d’Europe des luttes, la résistance à la casse nationale est le dénominateur commun des luttes populaires en cours (Renault, SNCF, Education nationale, universités, CNRS...) et le meilleur moyen de fédérer la « France d’en bas » autour du mouvement ouvrier de classe.

En appelant les progressistes à participer au colloque unitaire du 30 mai prochain sur l’actualité du CNR, le PRCF entend agir pour la renaissance républicaine de notre pays, indissociable de la renaissance d’un vrai PCF et de la reconquête par la classe ouvrière du rôle national dirigeant dans la transformation sociale.

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