mercredi 1 avril 2009

DANS UN MOIS,LE PREMIER MAI... par J Levy

Avant et après le Premier mai...

DANS UN MOIS,LE PREMIER MAI...

Après dix jours de réflexion, l'ensemble des Confédérations syndicales a décidé de fixer au Premier mai, l'échéance de la prochaine manifestation unitaire. Ainsi, à nouveau, se passent (et se perdent) 40 jours entre deux expressions du mécontement populaire. La fièvre sociale serait-elle mise en "quarantaine" pour éviter une contagion, qui ne pourrait plus être régulée ?

La CGT explique que "les vacances scolaires" d'avril n'étaient pas propices à l'action. Curieux argument alors que les enseignants et les étudiants, les plus touchés par cette mise en sommeil de l'appareil scolaire, poursuivent jour après jour leurs manifestations ! 1000 actions sont prévues le 2 avril. Leur lutte s'exprime quotidiennement, sous des formes spectaculaires et diverses, sans attendre.
Les Centrales, pour justifier la date du Premier mai, mettent l'accent sur cette journée, naturellement chômée, ce qui exclut le recours à la grève. Certes, personne ne nie les obstacles que rencontrent les salariés pour cesser le travail. Des pressions énormes sont exercées par les patrons, surtout vis-à-vis des travailleurs précaires, en temps partiel, en CDD. Souvent, leur emploi ne résisterait pas à une vélléité de grève.
Le bas niveau des rémunérations conduit beaucoup de salariés à se serrer la ceinture, bien avant la fin du mois. Aussi nombre de travailleurs utilisent des RTT, afin de participer quand même aux manifestations.
Tout cela est vrai. Et cette réalité doit être prise en compte.
Pourtant, de nombreuses grèves d'entreprises se multiplient., souvent comme moyen ultime de protestation à une délocalisation, à une fermeture d'entreprise. Et l'objet se réduit à exiger de meilleures indemnités de départ.
Faut-il attendre cette extrémité pour agir ?
Les Confédérations justifient leur stratégie prudente par le souci de maintenir l'unité intersyndicale, "coûte que coûte". L'entente au sommet est promue au rang essentiel des conditions de l'action. Certes, l'union de tous les syndicats sur le même mot d'ordre permet de donner à celui-ci une dimension incontestable. Mais peut-on prétendre que la présence des salariés à une manifestation dépend, en premier, de cette entente négociée "à minima", sur un vague programme revendicatif non chiffré?
L'expérience syndicale permet de répondre négativement à cette question.
Des mouvements unitaires ont échoué dans le passé, faute de répondre à l'attente des salariés.
Les grandes grèves de 36 comme de 68 ont fait "tache d'huile" sans mot d'ordre commun.
Aujourd'hui, personne ne nie le niveau d'exaspération atteint dans le monde du travail. La colère enfle tous les jours. Le phénomène d'occupations d'entreprises se répand. De même, de plus en plus nombreux sont les patrons retenus contre leur gré par les salariés. Même un des PDG "les plus riches de France", tel François Pinault, doit sa "libération" aux CRS.
Ces signes inquiètent le gouvernement et le Médef. Leurs médias ne cachent pas leur crainte d'une "explosion sociale". Il n'est pas sûr que la même angoisse ne saisisse pas certains dirigeants de syndicats. Que doit dire, en privé, François Chérèque, lorsque celui-ci rencontre des grands patrons ? L'attitude passée du responsable de la CFDT permet de répondre à cette interrogation. Il doit leur lancer un appel désespéré : "Faites un geste avant qu'il ne soit trop tard".
Et Bernard Thibault, certainement chapitré par ses camarades de la CES, doit lui-même faire preuve de prudence quant aux mots d'ordre d'action. Surtout pas "d"aventurisme" à craindre de sa part. Il l'a déjà dit : il n'est pas homme "à paralyser la France"!
La suite de l'action, son développement, dépendent des salariés eux-mêmes, et des militants qui les écoutent.
Il n'est pas possible "d'attendre" le Premier mai pour agir. Toutes les initiatives partant de la base doivent conduire à préparer la manifestation unitaire de telle manière que celle-ci, par son ampleur, sa détermination, débouche, non sur une nouvelle "quarantaine", mais sur une vague de fond qui bouscule pouvoir et Médef, et aussi les centrales syndicales.
Faisons en sorte que le Premier mai soit le premier jour d'une déferlante populaire qui balaie tous les obstacles.

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