vendredi 24 avril 2009

BERNARD, FRANCOIS, JEAN-CLAUDE et…NOUS AUTRES… par j.levy

Vendredi 24 avril 2009
BERNARD, FRANCOIS, JEAN-CLAUDE et…NOUS AUTRES…


Jeudi soir, France 2, dans son émission « A vous de juger », avait convié les responsables de la CGT, de la CFDT et de FO pour débattre de la situation sociale en France, à une semaine de la manifestation unitaire du 1er mai.

On songe à ce qu’aurait pu dire, dans une situation identique, Benoît Frachon, Georges Séguy ou Henri Krasucki, face à la télé, en pleine agitation sociale, devant des millions de téléspectateurs…

Inutile de se poser la question, aucun des trois anciens secrétaires de la CGT n’aurait été invité !



Revenons au présent.

Interrogés sur l’importance du Premier mai et des suites à lui donner, les trois leaders syndicaux ont insisté sur le caractère, sinon inédit, du moins peu usuel d’une telle action commune. Ils ont tous trois rappelé l’écho grandissant des manifestations du 29 janvier et du 19 mars, rassemblant de plus en plus de monde (1,5 million, puis 3 millions de personnes), sans pour autant ne susciter du gouvernement et du patronat qu’un intérêt distant.

Sur l’insistance d’Arlette Chabot - la journaliste menant le débat - seul Jean-Claude Mailly a évoqué l’hypothèse, souhaitable aux yeux de son organisation, d’une grève générale de 24 heures. Bernard Thibault et François Chérèque, pour le moins réticents, s’en sont bornés à annoncer la tenue d’une réunion entre les 8 confédérations, au lendemain du 1er mai. Le secrétaire de la CGT devait préciser, comme étapes ultérieures de l’action revendicative entreprise, l’organisation pour la mi-mai d’initiatives prises par la CES de manifestations dans diverses capitales européennes, à Bruxelles, Prague entre autres.

Ce qui peut laisser perplexes les syndicats et les salariés partisans d’autres actions en France même, sans attendre, dans les jours qui suivront, la manifestation commune.

Interrogés sur les « violences » intervenues ces jours derniers et la « radicalisation » des conflits, évoquant les actions des salariés de Continental, de Caterpillar, de Molex, les dirigeants syndicaux ont mis l’accent sur l’inquiétude et la colère des ouvriers menacés dans leur emploi.

Raisons qui ont motivé le recours à des méthodes « qui ne font partie des moyens d’action des syndicats ».

En clair, les responsables des Confédérations « comprennent ces gestes de désespoir », sans les approuver, et encore moins, les préconiser.

Certes, les trois leaders n’ont pas de mots assez durs pour stigmatiser les patrons du CAC 40, qui s’en mettent plein les poches. Et de citer des chiffres accablants, Chérèque n’étant pas le dernier à sembler s’indigner.

Mais, personne, Bernard Thibault pas plus qu’un autre, n’a parlé du contenu du programme commun aux centrales syndicales. Si, pourtant à une question précise posée par Arlette Chabot sur le montant chiffré du Smic demandé par la CGT, son secrétaire général a lâché, comme un gros mot, « 1600 euros brut ». A ce moment-là, du fait d’un incident technique, dû sans doute à un effet LCD du téléviseur, le visage de Bernard Thibault a viré au rouge, un très court instant. Comme le nez de Pinocchio s’allonge lorsqu’il profère un mensonge…

Donc, rien de concret, ni de chiffré sur les revendications des travailleurs, sur lesquelles ceux-ci sont censés se battre.

Cette absence d’objectifs à atteindre par la lutte, ne permet guère d’envisager des perspectives de développement du mouvement social !

La « crise » est abordée comme un cataclysme naturel, ou mieux un « objet non identifié » venu dont on ne sait d’où. Ses causes et ses responsables demeurent un sujet tabou.

Les trois responsables syndicaux n’ont pas été plus prolixes, Bernard Thibault pas plus que les autres, au sujet de la conjonction permanente entre le Médef et Nicolas Sarkozy, de la cohérence de leur politique. Et chacun de répéter bien haut que le combat était syndical, pas politique.

Il faut quand même bien, entre partenaires, se réserver la possibilité de rendre visite au chef de l’Etat !

Aussi, pas un mot n’a été dit sur l’extraordinaire combat mené par les enseignants, les chercheurs et les étudiants, lutte qui se poursuit, unie, depuis des mois. Pas plus que sur la colère qui gagne les professions de santé et la défense de l’Hôpital public.

De même, le combat de masse de la population des Antilles contre l’exploitation, n’a pas été évoqué.

Il ne faut pas fâcher le locataire de l’Elysée.

Sur l’Europe, motus et discrétion ; rien sur le rôle néfaste que joue l’Union Européenne sur le niveau de vie des citoyens, ni sur la démocratie et la souveraineté prohibées. Ce silence s’explique : ils sont tous trois compères dans la CES, instrument intégré à l’UE.





Que retenir d’autre de cette triple prestation télévisée ?

Peut-être le satisfecit apporté aux organisations syndicales, par le ministre du Travail, le sieur Hortefeux, qui s’est plu à vanter « l’esprit de responsabilité » des trois Confédérations, « refusant d’envenimer la situation » en ne débordant pas des strictes revendications syndicales.



Comme disait l’autre, « Quand l’ennemi de classe vous applaudit… »

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