vendredi 20 mars 2009

Lettre imaginaire à Bernard Thibault par j lévy

Lettre imaginaire à Bernard Thibault

Au secrétaire-général de la CGT :

Aujourd'hui, 19 mars, journée de mobilisation des salariés, décidée par l'ensemble des Confédérations syndicales. Tous les médias annoncent une affluence record aux manifestations et une large participation aux grèves.
Et si le flot populaire débordait à la fois l'espace public, qui lui est réservé, et les syndicats ? Si au lieu de rentrer sagement à la maison et dans les entreprises, les grévistes décidaient, comme çà, de continuer le combat ? Je sais bien que les organisateurs, prudents, ont déjà fixé la date de la prochaine étape : dans six semaines, le Premier mai, qui tombe un vendredi et permet de s'offrir un week-end allongé.
C'est du moins ce que vous avez annoncé, il y a deux jours, dans le journal Le Monde
Vous auriez pu évoquer Pâques, le dimanche 12 avril, mais c'était trop proche. Méfions-nous des décisions hâtives et radicales.
Restait bien la Trinité, le 7 juin. Malheureusement, à cette date, jour des élections européennes, les Français d'abstiendront !
Pourtant, sait-on jamais, si les salariés voulaient "remettre çà", sans attendre ?
Regardez : les travailleurs guadeloupéens ont mené une grève générale dans le secteur privé, qui a duré 44 jours.
Et ils ont gagné ! Et dans l'unité !
C'est vrai que, là bas, la CFDT est inexistante. Les salariés antillais ont imposé non seulement des baisses de prix sur quantité de produits de première nécessité et de services, mais, en plus ils ont obtenu 200 euros nets chaque mois, jusqu'à 1,4 le Smic.
Quel mauvais exemple !...
Certes, personne (enfin, à la direction des Confédérations), n'aurait l'outrecuidance , en France métropolitaine, d'exiger une telle augmentation de salaire et d'envisager une grève générale pour l'obtenir. Le "programme syndical commun" est bien plus raisonnable : il ne chiffre aucune revendication et n'exige aucune baisse de prix dans les grandes surfaces. Par contre - ce qui montre la combativité des chefs syndicaux - il est demandé, poliment, de prévoir des mesures de formation en vue d'un reclassement éventuel, pour les centaines de milliers de salariés, qui vont être licenciés en 2009.
Ce qui montre l'audace revendicative de nos syndicats.
Rien à voir avec les petits gauchistes des îles, qui, eux, en sont encore, comme le "syndicalisme de papa", aux augmentations des salaires, comme en 1968, voire en 1936.

Et que dire des méthodes employées en Guadeloupe pour que les accords soient respectés par les patrons. Les militants de l'UGTG et de la CGTG font du "porte à porte" pour exiger (oui, "exiger" !) que ceux-ci s'exécutent.
Une vraie révolution des mentalités ! Plus dans les habitudes qui ont cours chez nous.

D'ailleurs, je crois que vous avez dit, Bernard Thibault, que les grèves antillaises n'avaient aucun rapport avec les nôtres et qu'il ne fallait pas faire d'amalgame. En Guadeloupe, leur collectif unitaire se nomme le collectif LKP : Lyannaj kont pwofitasyon ( ils ne parlent même pas français !) Et ils en sont encore à dénoncer "le profit et l'exploitation", quel manque de savoir vivre entre partenaires sociaux. Nous, on est civilisés.
D'ailleurs, ici, avons-nous des Békés, je vous le demande. Il n'y a pas d'esclavage dans l'hexagone. Et les salariés qui prétendent le contraire sont condamnés illico en correctionnelle. Comme chez Michelin.
Tout de même, si, malgré toutes les précautions prises, les salariés ne faisaient "Point-à-Pitre" ("point les pîtres", en français) et poursuivaient, au-delà de l'heure prévue, la grève et les manifestations ?
Bernard Thibault, avez-vous pensé à cette dangereuse possibilité ?
N'auriez-vous pas dû solliciter une audience à l'Elysée, à la veille de ce 19 mars, comme à l'automne 2007 (le soir même de la grève des cheminots), pour répêter ce que vous disiez en 2003 en plein mouvement pour les retraites :
"La CGT n'est pas là pour paralyser la France !".

Et si les salariés, en ce printemps 2009, en décidaient autrement ?

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