dimanche 22 février 2009

Langues ou nations"en péril"? par j Lévy

Langues ou nations "en péril" ?


Le Monde, daté du 19 février, consacre six colonnes à l’angoissante question des « langues en péril » sur notre terre, et en particulier, en France.
Qu’on se rassure tout de suite : il ne s’agit pas du "français", dont l’usage commercial et économique se trouve, dans notre propre pays, progressivement menacé par l’anglais. Il ne s’agit pas de telles vétilles. Le quotidien du soir rappelle, dans un encadré particulier, les « 26 langues dont la majorité (est) en danger » en France. Dans l’énumération de celles-ci, aux côtés du « basque », du « breton »,du « corse » et de « l’occitan », figurent le « champenois », le « bourguignon », le « franco-provençal » et le « picard ». On croyait naïvement que ces dernières étaient plutôt considérées comme des « parlers » locaux, simple altération de notre langue nationale.



L’ordonnance de Villers-Cotterêts, édictée par François Ier en 1539, prescrit l’usage du « français », au lieu du « latin », pour tous les actes de justice et d’administration du royaume. Notre langue nationale est née. Or, Villers-Cotterêts, ville du département de l’Aisne, fait partie de la Picardie. , et la langue de l’époque était, sans doute, proche du « picard »...

Mais, il y a plus grave : plusieurs autres langues « sont estimées », par l’Atlas de l’UNESCO, « sérieusement en danger ».
Et, parmi celles-ci, de citer « le ligurien », « l’alémanique », "le luxembourgeois » et le « francique », langues dites « transfrontières », jugées particulièrement « vulnérables ». Vous avez dit «langues transfrontières » ? Ne serait-ce pas le terme qui conviendrait le mieux aux territoires « trans-Etats », dont un modèle est en expérimentation de Strasbourg à l’autre côté du Rhin, l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau ?

Quant au « luxembourgeois », on croyait que dans ce pays, où on parle concurremment « le français », « l’allemand », voire "le flamand », le langage codé des listings bancaires était devenu le parler officiel…

Quant au « francique », on mesure le désarroi des populations privées de ce beau langage et des poèmes « franciques », patrimoine de l’humanité en péril, qui sombrent dans l'oubli.


L’article du Monde, pourtant, nous laisse perplexe, quant on lit :

« Au Mexique cette fois, c’est également une loi qui, en 2003, a conféré aux peuples indigènes un droit à un enseignement bilingue, ce qui a suscité la formation d’enseignants dans ces langues. Mais une reconnaissance institutionnelle ne suffit pas : l’irlandais a beau être enseigné très largement dans l’île, 5 à 6% seulement de la population le parlent ».

Mais dans quelle langue s’expriment donc les Irlandais ? Il leur manque un Darcos pour régler la question du niveau scolaire de la population de l’Eire.
Pas étonnant qu’elle réponde NON au référendum sur le traité de Lisbonne…


Pour revenir aux choses sérieuses, l’auteur de l’article, Brigitte Perucca, déclare sentencieusement :

« A l’heure où le ‘global english’ semble en passe de dominer le monde, il peut paraître déraisonnable de vouloir à toute force préserver la totalité du patrimoine linguistique. Ce n’est pas l’anglais qui menace le plus la diversité linguistique, mais des langues régionales qui tendent à s’imposer au détriment des ‘petites langues’, objectent unanimement les linguistes ».

La menace qui pèse, en France, sur « nos petites langues » tels le « breton », le « corse », le "basque », c’est bien sûr le "français". Celui-ci serait « notre langue régionale ». Au sein de l'Europe unifiée ?

On découvre ainsi l’objectif de cette passion pour « les langue en péril ».

Il s’agit de « muscler » culturellement les futures structures administratives de la France, celles que prévoient l’Union européenne et Nicolas Sarkozy : les fameuses « grandes régions », correspondant aux länder d’outre-Rhin, qui devraient se substituer aux départements jacobins, héritiers d’une Révolution honnie.
Ainsi, ce projet ferait coïncider les nouveaux territoires ainsi crées et les « petites langues » régionales, au détriment du "français" devenu inutile, puisque l’idée même de nation serait périmée au sein d’une Europe-Etat.


L’idée n’est pas neuve. Déjà Pétain et Vichy avaient remis à l’honneur les anciennes provinces, avec leurs « intendants », leurs étendards, et leurs écussons, au moment où le chef de l’Etat français en appelait à la collaboration franco-allemande, à Montoire. Le folklore camouflait alors l’intégration de la France dans l’Europe allemande…

La campagne actuelle, à façade « culturelle », en faveur de la promotion des "langues régionales", fait partie de l’offensive idéologique visant à déclarer forclos l’idée d’Etat-Nation. N'est-ce pas l'idée de Brigitte Perucca quand elle écrit :
"Le phénomène de renaissance n'est pas limité aux langues lointaines et exotiques : le welch - qui a reconquis en trente ans le sud-ouest de l'Angleterre, et plus encore, le basque et le catalan, qui ont dépassé le castillan dans le Pays basque et en Catalogne - sont des preuves que l'Europe des langues n'est pas figée pour l'éternité".

A quand la mort programmée du "français" ?
Car le « français » a permis d’unifier notre peuple, de permettre l’échange permanent des idées entre toutes les composantes de la nation en gestation.

Si la mosaïque des diverses langues régionales avait perduré, sans langage commun unificateur, quels effets auraient eu les écrits de Voltaire, de Rousseau, de Diderot et de tous les philosophes, dont les idées ont irradié la pensée nationale, préparant ainsi notre Grande Révolution ?

Mais, peut-être, est-ce ce précédent qui hante nos « Européens » ?

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