jeudi 26 février 2009

CENSURE ANTI SERBE

CENSURE ANTI-SERBE
APRES L’ANNULATION PAR LA MAIRIE DU XVIIe ARRONDISSEMENT DE PARIS DE L’EXPOSITION DE DESSINS D’ENFANTS SERBES DU KOSOVO : UNE DECISION INDIGNE par Louis Dalmas

samedi 21 février 2009, par Comité Valmy
Mme Brigitte Kuster, maire UMP du 17e arrondissement, a annulé l’exposition de 50 dessins d’enfants du Kosovo organisée par les associations caritatives “Vérité et Justice” et “Solidarité-Kosovo”. L’exposition, dont les dessins avaient été mis en place le 13 février, devait durer du 16 au 28 février. Deux journées de rencontres, les 20 et 21 février, devaient permettre le compte rendu des voyages humanitaires de distribution d’aide sur place aux enfants, et une signature de livres par une quinzaine d’auteurs, comprenant des personnalités comme l’ex-ministre des Affaires étrangères Roland Dumas et le célèbre avocat Jacques Vergès. Les ambassadeurs d’une trentaine de pays avaient été invités au vernissage, et l’exposition avait été annoncée sur un grand nombre de sites internet. Mme Kuster a donné comme raison de son interdiction l’aspect “politique” de la manifestation, un aspect vivement contesté par M. Louis Dalmas, le président de “Vérité et Justice” qui fait le récit des événements.

UNE DÉCISION INDIGNE

L’interdiction par Mme Brigitte Kuster, maire UMP du 17e arrondissement de Paris, de l’exposition de dessins d’enfants serbes du Kosovo, qu’elle avait accepté d’héberger dans sa mairie entre le 15 et le 28 février, a été mentionnée dans le Figaro, le Parisien, Metro et 20 minutes entre autres, et a fait l’objet d’une séquence du journal télévise 19-20 de France 3, le 22 février. Elle mérite qu’on lui consacre quelques mots. Que Mme Kuster ait une crise d’urticaire en entendant prononcer le nom de Slobodan Milosevic, ou qu’elle veuille ignorer le contexte du bourbier actuel du Kosovo, est son droit le plus strict. Et un brevet de pensée “politiquement correcte” qu’elle partage avec des millions de Français parfaitement conditionnés.

Mais se prévaloir de l’opinion standard pour censurer une opération humanitaire montre qu’on se soucie plus d’être un bon godillot intellectuel que de soulager la misère. Mme Kuster a prouvé qu’en plus d’avoir peu de tête, elle n’avait pas de cœur.

Cette exposition était le résultat d’un long travail de deux associations : Vérité et Justice et Solidarité Kosovo. Ces associations ont consacré temps et argent à un projet d’aide à des enfants pratiquement ignorés par la charité internationale, qui survivent dans des îlots d’enfer au sein d’un environnement haineux. Les membres de la première ont rassemblé les dessins, les ont encadrés un à un, ont préparé l’intendance de l’exposition, ont engagé les dépenses de matériel, ont réuni les auteurs devant signer leurs livres, et ont assuré une intense promotion de l’événement. Les membres de la seconde organisent depuis des années des convois caritatifs au Kosovo, dont les camions distribuent des secours aux misérables confinés des enclaves serbes. Tout cela bénévolement, sans ménager les efforts, par simple et forte solidarité avec des enfants dans le malheur.

En mettant une fin brutale à ce dévouement, la décision de Mme le Maire a porté un grave coup financier aux deux associations ? 2.000 euros, fruit de la générosité de leurs membres, sont partis en fumée. Une petite somme sans doute aux yeux de la mairie, mais une grande pour les gens humbles qui y ont contribué par l’afflux de leurs modestes donations. Voici les motifs invoqués pour “justifier” l’interdiction de cette exposition humanitaire.

1) Un panneau prévu pour présenter l’association Vérité et Justice mentionnait, dans l’énumération de ses actions d’information et de charité, l’édition de trois livres en 2003, 2004 et 2005, parmi lesquels “Ma vérité” de Slobodan Milosevic. Cet ouvrage n’est que la reproduction du discours prononcé par l’ex-président lors de l’ouverture de sa défense devant le Tribunal pénal international de La Haye, et a figuré sur le site officiel du tribunal. Il était présenté sobrement pour ce qu’il est : “Ni une autobiographie, ni un plaidoyer, mais une analyse documentée de la dernière décennie, par un des principaux acteurs de la politique internationale.” Mme le Maire a vu dans cette mention une outrageante propagande pour un criminel de guerre. Outre le fait que cette mention ne faisait en aucune façon l’éloge du livre, on peut rappeler que Milosevic n’a pas été jugé criminel de guerre, étant décédé prématurément, et que tout accusé est présumé innocent jusqu’à ce qu’il soit condamné.

2) Les dessins ont été qualifiés de faux par les responsables de la mairie sous le prétexte que les barbelés étaient trop bien reproduits pour avoir été dessinés par des enfants.

L’accusation est particulièrement ridicule, étant donné qu’existent toutes les preuves de l’organisation du concours qui a préludé à l’exposition, que certains enfants avaient jusqu’à 14 ans et étaient tout à fait capables de maîtriser leurs pinceaux, et qu’enfin, dans toute classe de dessin, le professeur adulte ne se prive pas d’aider parfois le candidat artiste dans sa composition.

3) Passons sur le grotesque de l’interprétation d’un dessin représentant un soldat de la KFOR tenant en laisse une colombe de la paix, considéré comme portant atteinte à la réputation de Bernard Kouchner. Cette interprétation a tout de même figuré parmi les motifs invoqués.

4) Enfin, portant le délire au paroxysme, une personne du cabinet du maire a répondu au téléphone à un visiteur frustré que le Roland Dumas qui devait signer ses livres n’était pas le vrai ex-ministre des Affaires étrangères, mais un homonyme sans rapport avec lui, alors que l’authentique Roland Dumas et Louis Dalmas sont des amis de plus de 40 ans.

De toute façon, toutes les accusations de propagande politique tombaient d’elles-mêmes lorsque les organisateurs ont retiré les panneaux et le dessin qui déplaisaient à la mairie. Un peu d’humanité et de bon sens aurait alors permis à l’exposition de se tenir comme prévu. Mais c’était apparemment trop demander à Mme Kuster, qui a refusé de s’entretenir avec les deux associations et d’honorer son engagement. Faut-il chercher la vraie raison de son arbitraire volte-face dans un article du Parisien du 17 février 2009, qui prévoit l’installation de la prochaine ambassade de “l’Etat” du Kosovo avenue de la Grande armée, dans le 17e arrondissement ? On n’ose pas croire que Mme Kuster a interdit une manifestation d’aide aux enfants serbes qui soufrent dans des ghettos, pour ne pas déplaire à la diplomatie albanaise...

Quoi qu’il en soit, la décision de Mme Kuster a choqué beaucoup de gens. Elle a ravivé des souvenirs de guerre et porté l’attention publique sur l’injustice du traitement actuel des minorités dans la région. Une génération entière d’enfants est marquée par les incendies, pillages et assassinats dont ils ont été et sont les témoins. Le mépris de leur sort, et du désir de deux associations humanitaires de leur venir en aide, a semblé une insulte à la détresse. Il est compréhensible que celle-ci ait provoqué des réactions. Des mécontents ont téléphoné à la mairie ou envoyé des mails. Mme Kuster a porté plainte parce que certaines de ces protestations étaient assorties de menaces. Inutile de dire que ces violences verbales sont inadmissibles, et que si nous admettons que l’indignation s’exprime, nous condamnons avec fermeté qu’elle le fasse par des insultes ou des excès.

Un mot pour finir. Je ne sais pas si Mme Kuster a des enfants. Si elle en a, je leur souhaite de ne jamais se trouver dans la situation des enfants du Kosovo. Et je souhaite que Mme Kuster n’ait jamais, comme les parents serbes, à risquer la mort pour assurer la survie de sa famille. Cela dit, elle mériterait de souffrir un peu. Peut-être que cela lui inspirerait un peu de pitié pour des malheureux qui ne vivent pas comme les bons bourgeois du 17e arrondissement… LOUIS DALMAS.

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