dimanche 25 janvier 2009

Sortir du capitalisme

Au-delà de la contestation de chacune des mesures gouvernementales, les fameuses "réformes" de Sarkozy, et des colères qu'elles engendrent, les Français commencent à prendre conscience de la nocivité du système capitaliste lui-même. Cette évolution se double d'une méfiance généralisée à l'égard des journalistes et de l'information que ceux-ci diffusent. Les derniers sondages sont éloquents : plus des trois-quarts des Français considèrent que "les journalistes sont dépendants du pouvoir et de l'argent". C'est dire que la machine médiatique, faute d'être entendue, risque de ne plus être en mesure de répondre aux objectifs des maîtres de la finance, en vue d'une castration généralisée de l'opinion publique.

Les médias reflètent l'inquiétude grandissante de l'oligarchie au pouvoir, face au mécontentement, qui se répand dans des couches de plus en plus larges de la population
Certes, les dirigeants politiques, le président de la République en premier, tentent de jeter du lest, vitupérant sur les méfaits du "capital financier" *pour sauver l'essentiel, le système capitaliste lui-même. Mais ces manoeuvres de retardement, reprises compaisamment par la presse, la radio et la télé, s'avèrent insuffisantes. Les journalistes, désormais soupçonnés de désinformation, sont contraints de se poser publiquement des questions sur la déontologie de leur profession, sur leur dépendance vis-à-vis des bailleurs de fonds et du gouvernement. Ensuite - et c'est nouveau - les médias commencent à donner la parole, encore bien partiellement, à des voix qui contestent le capitalisme.
Ainsi, ce matin, France Culture a accordé une place importante aux réflexions de Hervé Kempf , auteur d'un ouvrage au titre provocateur : "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme". Réserver une longue chronique à un économiste, qui ose écrire un tel livre constitue déjà un fait nouveau. Donner l'occasion d'entendre une violente critique du système, considéré "à sa phase finissante", surprend l'auditeur, habitué aux éloges de l'économie de marché, libre et non faussé.
Hervé Kempf a pu longuement développer ses thèses sur les tares inhérentes au capitalisme, la responsabilité de celui-ci dans les maux, qui rongent notre société : "l'individualisme", la perte des valeurs fondamentales, telle la démocratie. Et d'annoncer l'obligation de rechercher d'urgence un autre modèle de société.
Si nous insistons sur le caractère nouveau de cette mise en cause, sur une radio publique, de la société dans laquelle nous vivons, c'est pour souligner que les médias, s'ils veulent avoir encore quelque audience, doivent maintenant offrir une tribune aux changements en cours dans la conscience populaire. Certes, il ne s'agit là que d'un signe avant-coureur. Nous ne sommes pas dupes. Les journalistes jettent du lest, tout en gardant le cap, celui du capital.
Mais l'important, c'est la signification profonde de ces changements de comportement. Ils son visibles également en ce qui concerne l'information donnée sur Israël et la guerre atroce qu'il mène contre le peuple palestinien. Prenant en compte l'indignation qui monte dans la population, horrifiée du massacre, la télé, la radio sont contraintes de montrer une réalité, d'offrir des commentaires plus objectifs, pour conserver un degré de crédibilité.
C'est bon signe.

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