jeudi 9 octobre 2008

ON NE COMPOSE PAS AVEC LE CAPITALISME.PAR J LEVY.

On ne compose pas avec le monstre qui a enfanté la crise !

Depuis septembre dernier, les bourses du monde entier « dévissent ». La chute des cours atteint, certains jours, à Paris 6%, 8%, 9%...Du jamais vu depuis le krach de 1929 de Wall Street. Des banques prestigieuses, tant aux Etats-Unis qu’en Europe, s’effondrent. Les Etats et les banques centrales injectent dans le circuit financier des milliers de milliards de dollars : plus de 2000 milliards aux USA, plus de 500 en Europe, pour éviter la banqueroute. Des banques US, britanniques, belges, néerlandaises sont sous perfusion permanente de capitaux d’Etat pour leur éviter le coma.

Certes, les opérateurs dans les salles de marché, jouent au yo-yo avec les cours dans la même journée. Ces « aller et retour » ne font pas que des perdants. La crise financière est toujours bénéficiaire pour de « petits malins », individus et entreprises.

Les réunions au sommet des plus grandes puissances capitalistes, les déclarations des dirigeants politiques qui se veulent rassurantes n’apportent aucune solution à ce désastre financier. Certes, des « opportunités » selon l’expression consacrée, c’est-à-dire l’effondrement de la capitalisation boursière de certaines grosses entreprises, industrielles et bancaires, permet à des concurrents de racheter à bas prix des paquets d’actions. Ainsi, ils pénètrent dans leur capital en vue d’OPA ultérieures. Ces opérations peuvent faire remonter mécaniquement la cote du CAC 40 ou du Dow Jones. Elles ne peuvent pas changer l’essentiel : la crise profonde du système.

Mais de quelle crise s’agit-il ?

La crise financière apparaît en premier lieu. Les indices boursiers en mesurent quotidiennement l’étendue. La population assiste, médusée, au spectacle de la chute des cours. Elle s’interroge également sur la masse pharaonique des crédits injectés par la puissance publique dans les établissements bancaires privés. Et chacun de poser la question : alors que l’on nous annonçait que « les caisses étaient vides » pour refuser le moindre crédit pour l’école, la recherche ou le logement, et plus largement pour doper le pouvoir d’achat « en berne », comment le gouvernement peut-il renflouer, à coup de dizaines et de dizaines de milliards, des banques, qui semblaient jusque là, les temples de l’Argent-Roi ? Où le pouvoir trouve-t-il la masse monétaire pour ces opérations, alors qu’il criait à tout va, en être totalement démuni ?

Qui va payer la note ?

Les contribuables, bien sûr, mais sous quelle forme ? Les politiques, les médias, dans un bel ensemble, parlent de « nationalisations » des établissements financiers défaillants. Et d’ironiser, pour certains, sur la conversion de nos « élites », hier chantres de l’ultra libéralisme, au dirigisme pur et dur, voire au marxisme pendant qu’ils y sont ! Allons donc, il ne s’agit pas de « nationalisations ». Les gouvernements versent de l’argent public pour renflouer des entreprises privées, avec la perspective de remettre celles-ci en selle, le jour venu.

Mais il ne faudrait pas se tromper de crise.

La crise boursière prend sa source dans la financiarisation de l’économie.

Depuis des décennies, la logique interne du capital conduit ses détenteurs à la recherche de rentabilité à court terme et par tous les moyens.

Dans le passé, la richesse trouvait sa source dans la production de biens industriels. L’exploitation capitaliste permettait aux patrons d’engranger des profits que les banques faisaient fructifier.

Exemple : les véritables forteresses du textile, concentrées à Roubaix et dans toute la région nord, les Thiriez, Descamps, Motte, entres autres, possédaient leur banque depuis le XIXème siècle, le Crédit du Nord, dont ils étaient les administrateurs, aux côtés de Beghin, des sucres. Ils y plaçaient le capital de leurs entreprises et les profits textiles et sucriers. Ceux-ci se retrouvaient dans les dividendes des actions, diffusées par la banque, qui s’enrichissait de commissions.



Aujourd’hui, la production de richesses matérielles n’est plus le moyen le plus rapide et le plus rentable de « faire de l’argent ». La spéculation effrénée sur les matières premières, la monnaie, les entreprises, que l’on achète et que l’on vend comme une marchandise, sont à l’origine de flux financiers considérables. Ceux-ci circulent à la vitesse du son à travers le monde grâce aux moyens informatiques. Ils ne connaissent ni lois, ni frontières. Des territoires leurs sont réservés et préservés par les Etats: ce sont les fameux « paradis fiscaux » où se négocient, à l’abri des regards indiscrets, tous les négoces pourris spéculatifs.

Parmi ceux-ci, sont devenus célèbres les « subprimes », les prêts hypothécaires, généralisés par les banques américaines, qui ont jeté des millions d’Américains à la rue et les établissements financiers à la faillite.

Il n’est pas inutile de rappeler l’appel de Nicolas Sarkozy, en 2007, pour généraliser en France de tels prêts !



C’est ce qu’on appelle « l’économie virtuelle ».

Cette « nouvelle économie » est personnifiée par un nom des plus connus du Who’s Who capitaliste : de Wendel. Il évoque les chevaliers d’industrie, les « marchands de canons » d’antan. Aujourd’hui, l’entreprise Wendel Investissement, dirigée par le baron Seillière (président par ailleurs de « Business Europe », le Medef européen), ne fait qu’acheter et revendre des entreprises pour, au passage, encaisser des dizaines de millions de plus-value.

Ainsi, en mai dernier, un pan de l’Edition française, Editis, acheté par Wendel Investissement au groupe Lagardère a été revendu au groupe espagnol Planeta, avec une jolie cagnotte en fin de course.



Mais le capitalisme financier, qui engendre une économie virtuelle, ne doit pas être opposé au capitalisme industriel. Devant les dégâts engendrés par la financiarisation, qui font la Une des médias, il faut bien lâcher du lest pour sauver l’essentiel. Aussi, il est de bon ton de dénoncer le premier, qui serait « mauvais » et de l’opposer au second, qui, lui, serait le « bon » capital..

En réalité, aucune barrière ne divise l’économie. Les grandes entreprises industrielles possèdent toutes leurs « salles de marchés » où la spéculation s’épanouit sans vergogne. De Renault à Bouygues et à Lagardère, une grande partie des profits réalisés proviennent de la spéculation.

En France, dans le capital des multinationales du CAC 40, les participations croisées des grands groupes, bancaires et industriels, font qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. En fait, un petit nombre de familles, deux cents tout au plus, dirigent et contrôlent l’économie de notre pays, en liens étroits avec le capital étranger. Les fonds de pensions américains détiennent 40% des actions investies à la Bourse de Paris.



La spéculation, comme mode de gestion de l’économie, est apparue au grand jour à propos de « l’affaire de la Société Générale », au printemps dernier. La légende répandue par son PDG et la Direction Générale, reprise par le pouvoir et les médias, voudrait que le scandale ait eu pour origine, la faute d’un seul jeune trader, le sieur Kerviel, qui aurait fait « perdre » à la banque cinq milliards d’euros. Jusqu’à fin 2007, ses opérations étaient « gagnantes-gagnantes » pour la Société Générale comme pour lui. Il empochait des primes spectaculaires et la banque des profits plantureux. La conjoncture s’étant retournée, le trader a laissé une ardoise colossale à l’entreprise. Mais si la conjoncture n’avait pas cessé d’être favorable, les spéculations auraient procuré des milliards de profits à la banque et à sa direction.

Qui aurait alors parlé de la « spéculation » ?

C’est ce « jeu de monopoly » mondial permanent qui a gonflé une bulle spéculative. Basée sur du vent, « l’économie virtuelle », a pris de telles proportions qu’elle a fini par crever en septembre dernier.



Malgré toutes les tentatives des banques centrales et des pouvoirs en place, la crise se poursuit jour après jour. Depuis le 6 octobre, en quatre jours, le CAC 40 a enregistré une baisse de plus de 15%, à l’unisson des autres places européennes. La baisse du taux directeur d’intérêt, réduit de 0,50% mercredi, n’y a rien fait.

Pourquoi ces échecs successifs des interventions des Etats ?

La raison réside dans la nature même de la crise. Celle-ci est d’abord économique. La production de biens matériels, dans le monde occidental, ne trouve plus preneurs, faute de pouvoir d’achat des populations. Le recours à la finance est sans issue. La croissance mondiale, si elle est encore positive, est due à celle de la Chine et des pays émergents. L’Europe comme les Etats-Unis sont pratiquement en récession. Ce qui va entraîner le noir cortège des fermetures d’entreprises, et donc du chômage, déjà reparti à la hausse, des restrictions budgétaires tournées vers le social (il faudra bien éponger les immenses cadeaux dispensés aux établissements de crédit).

Les conditions d’existence du plus grand nombre, vont redoutablement s’aggraver, entraînant l’accélération de la crise.



Il ne s’agit donc pas d’un accident de parcours.

De par sa nature même, du fait de sa concentration, de sa course aux profits à court terme, donc de par sa rotation de plus en plus rapide, le capital devait inexorablement produire de violentes crises, telle celle que nous vivons aujourd’hui.

Cette évolution, Karl Marx l’avait prévue, il y a un siècle et demi.

La société capitaliste engendre naturellement le monstre. Et personne ne peut dompter ce monstre, et encore moins le « réguler », le « moraliser ».

Ceux qui font croire à cette possibilité trompent délibérément les peuples. Leur objectif, c’est de maintenir ce système mortifère le plus longtemps possible.

Une seule issue pour sortir du cycle infernal du capitalisme, c’est de mener un combat sans compromis contre lui.
Dommage que les organisations, qui se réclament, en France, de la classe ouvrière, partis et syndicats, se résignent plus qu'elles ne combattent.
Malgré tout, doit monter dans notre pays, une force multiple, nourrie d’origines diverses, qui considère que le système capitaliste est intrinsèquement mauvais.
Ensemble, il faut bâtir une autre société, faite par les hommes et pour les hommes.

Par des voies différentes, les peuples d’Amérique latine montrent, au quotidien, qu’il est possible d’ouvrir un nouveau chemin :
celui du socialisme.

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