mardi 15 juillet 2008

Aprés SARKO par jean Lévy

ardi 15 juillet 2008
Et après Sarkozy ?


Chacun connaît les liens plus qu’étroits qui unissent les médias, les puissances économiques et le pouvoir politique. Chaînes de télés, radios, journaux sont la propriété directe des Bouygues, Lagardère, Dassault, Rothschild, Bolloré et autres Arnaud, ou sous la coupe directe de représentants de l’Etat.

On peut, dans ces conditions, s’étonner de commentaires et de présentations d’évènements peu amènes pour Sarkozy et divers aspects de sa politique.

On est surpris de l’insistance accordée au « malaise dans l’armée », des « complaisances » reprochées au président de la République vis-à-vis de Béchir al Asad et le « tapis rouge » qui aurait été déroulé devant ce dernier. On reste perplexe face à l’évocation ironique, sur une chaîne publique, de la réception, le 14 juillet 2007, et de l’appréciation, alors donnée à l’Elysée par Sarkozy sur son épouse d’alors, Cécilia, – « c’est une belle femme ! », propos incongru aujourd’hui au temps de Carla.

Ces attitudes « frondeuses » de la part de journalistes, d’un naturel prudent, souvent obséquieux et « aux ordres », font réfléchir.

Mais au-delà des retombées médiatiques, les mesures prises, ces derniers mois, par Nicolas Sarkozy et son équipe, visant des secteurs de la société, hier encore ardents soutiens du nouveau président, interrogent les observateurs.

Un pouvoir qui se définit comme celui d’une « droite sans complexe » peut-il gouverner sans l’appui du monde judiciaire, de l’appareil militaire traditionnel, de la bourgeoisie commerçante urbaine, d’une fraction de la paysannerie, des camionneurs et des patrons marins pêcheurs ?

Certes, juges, avocats, généraux et officiers supérieurs, petits commerçants, agriculteurs « bio » et vignerons, petits et moyens patrons, tous peuvent applaudir aux mesures de contre-révolution sociale du gouvernement, à la démolition du Code du Travail, à la restriction accélérée des droits syndicaux.

Mais quand l’Elysée réduit les structures judiciaires, les cadres de l’Armée, mise uniquement sur les « grandes surfaces » contre les boutiquiers, annonce la destruction de nombre de vignobles, ne répond pas à l’attente du monde agricole et de la pêche, désertifie plus encore les campagnes et la province en supprimant hôpitaux, écoles, bureaux de poste, toutes ces couches atteintes par les effets de la politique de Nicolas Sarkozy, prennent leurs distances avec celui-ci, et pour beaucoup, lui retirent leur confiance.



Peut-on concevoir, sur le long terme, un pouvoir dont la base sociale se réduit au Clan du CAC 40 et à ses affidés ?

La question est donc posée : Le « travail utile » du président réalisé, c’est-à-dire la casse généralisée des acquis sociaux et la mise sur la touche des organisations syndicales démonétisées, la destruction programmée des libertés publiques et la mise en œuvre d’une politique de répression, la réintégration dans l’OTAN de la France finalisée, quand toutes les conditions seront remplies, la grande bourgeoisie française (et européenne) aura-t-elle encore besoin d’un Nicolas Sarkozy dont le comportement, l’attitude personnelle, peuvent porter préjudice, à la longue, au processus engagé ?

Quand le temps viendra, il est toujours possible à la grand bourgeoisie de « découvrir » un « nouveau sauveur », plus présentable – le sale boulot ayant été fait - plus en harmonie avec les rites et la bienséance de ses élites.

Le nom importe peu.

A droite, des Alain Juppé, aujourd’hui en réserve de la politique, on peut en fabriquer à coup de sondages orientés.

A « gauche », les prétendants ne manquent pas. Ils en rêvent dans les bureaux discrets du FMI. Le Capital n’y verrait nul ombrage.

Mais ce scénario n’est réalisable qu’en l’absence d’une véritable opposition politique de classe, puissante et crédible.

Là est toute la question.

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