jeudi 24 avril 2008

DEMANTELEMENT DE L'ARSENAL NUCLEAIRE ISRAELIEN

PROCHE-ORIENT: LA NON-PROLIFERATION DE L'ARMEMENT NUCLEAIRE PASSE PAR LE DEMANTELEMENT DE L'ARSENAL NUCLEAIRE ISRAELIEN



La précampagne électorale américaine s'accompagne de très inquiétants bruits de bottes, côté républicain, mais aussi côté démocrate. "Je veux que les Iraniens sachent que si je suis présidente, nous attaquerons l'Iran", a déclaré Mme CLINTON sur la chaîne ABC. "S'ils tentent stupidement, lors de ces dix prochaines années, de lancer une attaque contre Israël, nous serons en mesure de les réduire à néant", a-t-elle assuré. Mme CLINTON, qui ne semble décidément reculer devant aucune outrance, jusqu'au ridicule, dans la dernière ligne droite des primaires démocrates (dans lesquelles elle est en situation quasi-désespérée), n'hésite plus à donner de l'eau au moulin des "faucons" néo-conservateurs républicains. Ceci sans doute afin de se concilier les bonnes grâces de mécènes potentiels qu'elle pense sensibles à cette question de la sécurité d'Israël, à un moment où elle semble manquer cruellement de fonds. Mais Mme CLINTON, Israël, qui possède l'arme nucléaire, comme vous le savez sans doute, n'a pas besoin des Etats-Unis pour "réduire à néant" n'importe quel pays du Proche-Orient!

Moins surprenant, mais encore plus inquiétant dans le contexte électoral: la Syrie est accusée par l'administration BUSH depuis quelques jours d'avoir cherché à se doter de l'arme nucléaire aidée en cela par... la Corée du Nord (dont beaucoup de spécialistes se demandent encore si elle possède vraiment la technologie nucléaire qu'elle prétend avoir acquise, pensant plutôt que le soit-disant "essai" nord-coréen serait un canular pour mettre la pression sur ses voisins et les Etats-Unis). Des preuves contre la Syrie? Visiblement aucune puisque les autorités américaines, très embarassées, répondent que les installations suspectes auraient été détruites par l'aviation israélienne.. en septembre. Il y a 8 mois donc sans que l'information ait filtré? Les autorités israéliennes confirment, certes, mais il y a de quoi être perplexe: il est très étonnant que le Gouvernement israélien, beaucoup plus prompt habituellement à instrumentaliser les médias internationaux en sa faveur, n'ait pas utilisé cette carte contre la Syrie lors des 8 derniers mois.



Des incohérences qui rendent ces accusations suspectes, faisant penser à la préparation d'une campagne médiatique (voire militaire?) montée de toute pièce pour peser dans la processus électoral en cours en faveur de M. Mc CAIN en remettant à l'honneur la rhétorique sécuritaire.


D'une manière générale, on ne peut que constater l'instrumentalisation gênante de cette question de la non-prolifération de l'armement nucléaire. En effet, n'est-il pas hypocrite, par exemple, de dénoncer par pacifisme d'un côté les pays émergents qui cherchent à se dôter de l'arme nucléaire sans dénoncer aussi le refus des pays possédant déjà l'arme nucléaire de procéder à la destruction de leur arsenal? La non-prolifération de l'armement nucléaire mérite d'être poussée jusqu’au bout de sa logique : le multilatéralisme implique en pratique une réciprocité dans les obligations et les engagements internationaux. Comment parler de multilatéralisme en matière de non prolifération nucléaire sans poser la question du démantèlement des arsenaux existants dans les pays en possédant (Etats-Unis, ex-URSS, France, Royaume-Uni, Chine, Inde, Pakistan ou encore Israël) ? Sans quoi, elle apparaîtrait à beaucoup de pays émergents comme un diktat inacceptable, car unilatéral, de la part des puissances possédant l'arme nucléaire destiné à préserver un "privilège" militaire.

Et au niveau du Proche-Orient, la réalité ne doit pas être esquivée au nom d’un angélisme pro-israélien "politiquement correct" : le seul pays de la région possédant l’arme nucléaire est Israël (une technologie nucléaire qui lui a été fournie à la fin des années 50 par le gouvernement français du socialiste Guy MOLLET). Un Etat qui se refuse toujours par ailleurs à signer le traité de non-prolifération nucléaire! Lors de son agression du Liban l’été dernier, l’armée israélienne semble avoir utilisé des bombes à uranium appauvri (Le Monde, 29 Octobre 2006). Aujourd’hui, le seul Etat du Proche-Orient ayant la capacité militaire de "rayer de la carte" un de ses voisins n’est pas l’Iran, quoi qu’on pense du régime des mollah et de sa rhétorique anti-israélienne, mais Israël. Et l’évolution du paysage politique en Israël, avec la montée en puissance de l'extrême-droite populiste lors des dernières élections et le retour en force à prévoir d'une droite belliciste pour les prochaines, n’est pas sans inquiéter légitimement les pays voisins.

En se faisant l'avocat du diable, on peut même jeter un pavé dans la mare: faut-il s'étonner que certains de ces pays voisins puissent penser légitime pour eux d'acquérir l'arme nucléaire pour faire contrepoids à la puissance de feu israélienne et installer un "équilibre de la terreur" au niveau régional?

Une autre conclusion est fort heureusement possible, dans une optique de paix: la non-prolifération de l'armement nucléaire passe par le démantèlement des arsenaux nucléaires des pays en possédant, au niveau international comme régional. En résumé: au Proche-Orient, les conditions d'une paix globale passent par le démantèlement de l'arsenal nucléaire israélien, qui est une menace objective pour la sécurité de tous les pays de la région.



Jihad WACHILL

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