lundi 17 mars 2008

compte rendu des élections par jean Levy

undi 17 mars 2008
Au lendemain des élections ...

La droite de Sarkozy-Fillon a subi, hier, un sévère échec aux élections municipales et cantonales. Le Parti socialiste est le grand bénéficiaire du rejet de la politique sociale menée par le président de la République.
Certes, dans de nombreuses villes prises à l'UMP, le PS engrange des victoires dans le cadre, le plus souvent, de listes "d'Union de la gauche". Ces succcès sont d'autant plus emblématiques qu'il s'agit de municipalités ancrées à droite depuis des décennies. C'est le cas à Toulouse, à Metz, à Périgueux (éliminant par la même occasion le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos), à Reims...Mais les socialistes visaient également des cités gérées par le PCF, essentiellement en Seine-Saint-Denis, mais aussi en province. Nous y reviendrons.
Le Parti communiste déplore la perte de Calais (acquise, il y a trente-sept ans), gagnée par l'UMP et le soutien ouvert de la liste Front national, qui pouvait se maintenir, d'Aubervilliers, pris par le PS comme Pierrefitte, de Montreuil, gérée par un ancien membre du PCF aujourd'hui, apparenté, au bénéfice de Dominique Voynet et des Verts. Mais à l'inverse, les communistes vont diriger Firminy dans la Loire, Villeneuve Saint-Georges dans le Val-de-Marne, Villepinte en Seine-Saint-Denis. Victoires qui s'ajoutent à celles remportées dès le premier tour, à Dieppe, à Vierzon et à Saint-Claude.
La gauche semble gagner la majorité dans neuf nouveaux Conseils généraux, portant à soixante les départements qu'elle va détenir. Le PCF, quant à lui, perd au profit du PS, la Seine-Saint-Denis, mais gagne l'Allier.
Peut-on parler pour autant d'un "raz-de-marée" qui aurait emporté la France entière ?
Non, dans la mesure où l'UMP résiste bien en Provence-Côte d'Azur et en Languedoc-Roussillon. La droite conserve Marseille, Nice, Cannes, Antibes,Toulon, Avignon, Aix-en-Provence, Nîmes, Sète, Perpignan. Pourquoi ces larges exceptions ? L'explication est simple : il s'agit de "terres" où le Front National était profondément ancré (il avait atteint en 2004, avec le MNR, aux élections régionales, 26 et 18% dans ces deux régions), avec un électorat "pieds-noir", ultra raciste. Or le FN s'est effondré et son électorat est passé très largement à l'UMP. Par contre, en banlieue parisienne, dans les zones ouvrières du Nord et du Pas-de-Calais, l'électorat frontiste qui avait massivement voté Le Pen par dépit social, a rejoint en partie la gauche aux élections municipales et cantonales. Faut-il encore préciser que, par exemple à Corbeil-Essonne comme au Havre, ce sont les voix qui s'étaient portées sur les listes Front national au premier tour, qui ont assuré la victoire de Serge Dassault et de Ruffenach, face aux candidats communistes.
Les défaites du PCF face au Parti socialiste posent d'autres problèmes. La soif de domination du PS a conduit celui-ci, d'abord à refuser l'alliance, au premier tour, avec les communistes, et le désistement en leur faveur, au second tour, sachant que cette attitude lui vaudrait le soutien de nombreux électeurs de droite.
C'est ce qui s'est passé à Maromme, près de Rouen :
en 2001, il y avait une liste "Union de la Gauche", au premier tour, menée par un communiste. La droite avait obtenu 33% des voix. Cette fois-ci, les socialistes ont fait leur propre liste. Le 9 mars, ils obtenaient 45,28%, devançant la liste du PCF, forte de 39,26%. Mais la droite ne totalisait que 15,46%, la moitié des voix de 2001 se portant sur le PS. Et au second tour, cette même droite ne faisait que 10%, le reste permettant à la liste socialiste de l'emporter ! Cet exemple est "éclairant" de la tactique du PS : l'union quand celle-ci sert ses intérêts partisans, le face-à-face si, par ce moyen, le concurrent communiste est éliminé.
Mais les échecs du PCF sont également le résultat de sa propre stratégie. "L'unité à tout prix" et sans principe avec les socialistes, l'a conduit à ne jamais mettre en cause la politique menée par ces derniers. L'adhésion du Parti socialiste à la cause européenne, aux orientations fondamentales de l'UE et aux directives de Bruxelles, font du PS un parti acquis au libéralisme dévastateur. Ne pas dénoncer cette orientation, c'est permettre à celle-ci de prospérer dans le monde du travail, et c'est aussi se faire complice d'une poltique rejetée par les salariés les plus conscients. Pourtant, ces dernières élections démontrent que l'attente d'une radicalité politique, c'est-à-dire une "politique de classe", est grande chez beaucoup de travailleurs.
Les bons résultats atteints par les candidats communistes qui ont suivi cette ligne, comme à Dieppe, ou qui se sont présentés sur des listes "vraiment communistes", en opposition à celles de la "gauche plurielle", (récoltant des élus, comme à Béziers), ou encore les scores obtenus par la LCR dans plusieurs villes, dépassant largement les 5, voire les 10%, toutes ces tentatives montrent que nombre de travailleurs attendent "autre chose".
Il faut répondre à cette attente.
Hier, le véritable "raz-de-marée", ce sont les abstentionnistes qui l'ont porté. Jamais, depuis la Vème République, - on dit même depuis l'instauration du suffrage universel - , l'abstention n'a jamais atteint de tels sommets. Il est le fait essentiellement des quartiers populaires. Les "pauvres" expriment par le non-vote leur colère, leurs frustrations. Ils n'ont pas confiance dans les partis institutionnalisés.
Il faut construire, et vite, une force nouvelle qui s'identifie à la volonté de changer le monde, en changeant de société.

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